La ville qui n’existait pas 2: Haven (1971-1973)

C’est une ville qui n’existe pas, qui n’existe plus ou pas encore. Une cité éphémère, suspendue entre des mondes, flottant dans une temporalité indéterminée. Elle se construit autour d’un cérémonial où chaque habitant joue un rôle précis, comme dans une danse rituelle minutieusement orchestrée. En ce moment, ils attendent sur la rive, figés dans une attente silencieuse, leurs regards fixés sur l’océan sombre et tumultueux. Ils épient les adolescents dans les vagues, ces jeunes corps en quête, fouillant l’eau comme à la recherche d’un secret enfoui dans les profondeurs. Des formes étranges émergent de l’écume, des silhouettes abstraites et mystérieuses, révélant des surfaces de métal, de béton, ou des matières inconnues, fragments d’un autre univers, échos d’un monde parallèle.

Ce film, entièrement généré par une intelligence artificielle, réinvente des cartes postales de l’année dernière pour raconter un autre monde, semblable au nôtre mais étrangement différent. Les images sont transformées, comme vues à travers un prisme déformant, offrant une vision altérée de la réalité. Cette fiction a pris forme dans l’espace latent, une zone de création et de dérive, où des liens inattendus se tissent, des analogies fragiles se forment, frôlant parfois l’inconsistance. Pourtant, de ce maelström d’images et d’idées émerge une nouvelle réalité, évoquant une histoire alternative des années 1971 à 1973, lorsque la fin de la convertibilité en or du dollar a marqué la fin de Bretton Woods et la montée d’un nouveau libéralisme.

C’est une époque charnière où la finance s’est détachée de la valeur matérielle, ouvrant la porte à une ère de spéculation. Ce moment, reconfiguré dans le film, devient une sorte de tableau contrefactuel, un miroir déformé des possibles non réalisés. Les adolescents dans les vagues, figures centrales de cette narration, sont cette quête incessante, cette exploration des possibles perdus ou jamais advenus. Leurs mouvements dans l’eau, à la fois gracieux et désespérés, incarnent la tension entre le réel et l’imaginaire.

Les habitants sur la rive, témoins silencieux, partagent cette attente, cette suspension entre ce qui est et ce qui pourrait être. Leur observation minutieuse de l’océan et des adolescents révèle une communauté en quête d’un ordre, d’une signification au milieu du chaos. Les formes abstraites qui émergent de l’écume, ces surfaces métalliques et bétonnées, suggèrent des vestiges d’une civilisation passée ou d’une architecture à venir, des fragments de mondes en collision.

Le film ne se contente pas de montrer une réalité contrefactuelle; il interroge notre perception du temps et de l’histoire, nous invitant à envisager des trajectoires différentes, des bifurcations possibles. La réinterprétation des cartes postales devient alors un acte de réécriture de l’histoire du monde. À travers cette œuvre, la ville qui n’existe pas, qui n’existe plus ou pas encore, devient un lieu de mémoire et d’anticipation, un espace où se croisent les souvenirs du passé et les spectres de l’avenir.

La musique composée par Olivier Alary suit les circonvolutions de cette fiction et a été générée elle aussi avec une IA.


It’s a city that doesn’t exist, that doesn’t exist anymore or not yet. An ephemeral city, suspended between worlds, floating in an indeterminate temporality. It is built around a ceremonial in which each inhabitant plays a precise role, as if in a meticulously orchestrated ritual dance. Right now, they’re waiting on the shore, frozen in silent anticipation, their gazes fixed on the dark, tumultuous ocean. They watch the teenagers in the waves, their young bodies searching the water as if for a secret buried in the depths. Strange shapes emerge from the foam, abstract and mysterious silhouettes, revealing surfaces of metal, concrete or unknown materials, fragments of another universe, echoes of a parallel world.

This film, entirely generated by artificial intelligence, reinvents last year’s postcards to tell the story of another world, similar to our own but strangely different. The images are transformed, as if seen through a distorting prism, offering an altered vision of reality. This fiction has taken shape in latent space, a zone of creation and drift, where unexpected links are forged, fragile analogies are formed, sometimes verging on inconsistency. Yet from this maelstrom of images and ideas emerges a new reality, evoking an alternative history from 1971 to 1973, when the end of the dollar’s gold convertibility marked the end of Bretton Woods and the rise of a new liberalism.

It was a pivotal time when finance became detached from material value, opening the door to an era of speculation. This moment, reconfigured in the film, becomes a kind of counterfactual tableau, a distorted mirror of unrealized possibilities. The teenagers in the waves, the central figures of this narrative, are this ceaseless quest, this exploration of lost or never-come possibilities. Their movements in the water, at once graceful and desperate, embody the tension between the real and the imaginary.

The people on the shore, silent witnesses, share this waiting, this suspension between what is and what could be. Their meticulous observation of the ocean and the teenagers reveals a community in search of order and meaning in the midst of chaos. The abstract shapes emerging from the foam, the metal and concrete surfaces, suggest the remains of a past civilization or a future architecture, fragments of colliding worlds.

The film doesn’t just show a counterfactual reality; it questions our perception of time and history, inviting us to envisage different trajectories, possible forks in the road. The reinterpretation of postcards becomes an act of rewriting world history. Through this work, the city that doesn’t exist, no longer exists or doesn’t yet exist, becomes a place of memory and anticipation, a space where memories of the past and spectres of the future intersect.

The music, composed by Olivier Alary, follows the twists and turns of this fiction, and was also generated by an AI.


Dans le cadre d’Un été au Havre. Directeur artistique: Gaël Charbau
Remerciements : François Belsoeur, Louise Riou, Atelier Puzzle et toute l’équipe du GIP