Second Earth / Terre Seconde – Palais de Tokyo, FR

Accumuler des données. Externaliser nos mémoires.
Nourrir des logiciels avec ces données afin qu’ils produisent des données ressemblantes.
Produire un réalisme sans réel, devenir possible.
Disparaître.
Revenir en notre absence, comme un autre.

Accumulate data. Outsourcing our memories.
Feed software with this data so that it produces similar data.
Produce realism without reality, become possible.
Disappear.
Coming back in our absence, like somebody else.

du 21/06/2019 au 14/07/2019 –  Palais de Tokyo
Commissaire : Gaël Charbau
Audi Talents


Presse :

L’autre Terre de Grégory Chatonsky au Palais de Tokyo – Laurent Carpentier, Le Monde

Terre Seconde – Dominique Moulon, Art press

On a vu une IA qui rêve – Lila Meghraoua, Usbek et Rica

Apprentissage – Extinction – Résurrection – Ariel Kyriou, Multitudes

Générée à partir de millions de données – images, textes et sons – trouvées sur internet, Terre Seconde de Grégory Chatonsky, artiste captivé par les champs imaginaires ouverts par le digital, prend la forme d’une installation évolutive.

Terre Seconde est une autre Terre, une planète de remplacement, un vaisseau dérivant dans le silence de l’espace, l’hallucination d’une machine insensée, un monument dédié à la mémoire de l’espèce humaine éteinte. Un autre monde créé par un réseau récursif de neurones, habituellement nommé « intelligence artificielle ».

Initié il y a plus d’un an à la suite d’expérimentations sur des logiciels de « deep learning », le projet de Grégory Chatonsky s’est nourri du constat que « la machine devenait capable de produire automatiquement une quantité phénoménale d’images réalistes à partir de l’accumulation des données sur le Web. Ce réalisme ressemble au monde que nous connaissons, mais n’en est pas la reproduction à l’identique. Les espèces se métamorphosent les unes dans les autres, les pierres mutent en plantes et les rivages de l’océan en des organismes jamais vus ». Résultat : cette « seconde » Terre, une réinvention de notre monde, produite par une machine qui s’interroge sur la nature de sa production.

A partir d’une base de données de millions d’images, elle crée sa propre représentation de la planète minérale. Grégory Chatonsky, par le même procédé d’accumulation de données et d’analyse statistique, lui donne ensuite les fluides, les plantes, le son, la parole et des organismes pour peupler sa surface. Un monde à « visiter » dans une exposition que l’artiste a imaginée pour être évolutive : une structure modulaire accueille chaque jour de nouvelles sculptures aux étranges formes organiques imaginées par la machine. Rêve dans un rêve, espace dans l’espace : l’installation doit, pour Grégory Chatonsky, « rendre sensible l’ambiguïté de cette imagination artificielle qui doute radicalement de son statut.

Generated from millions of data – images, texts and sounds – found on the Internet, Terre Seconde by Gregory Chatonsky, an artist captivated by the imaginary fields opened by digital technology, takes the form of an evolving installation.

Second Earth is another Earth, a replacement planet, a ship drifting in the silence of space, the hallucination of a senseless machine, a monument dedicated to the memory of the extinct human species. Another world created by a recursive network of neurons, usually called « artificial intelligence ».

Initiated more than a year ago following experiments with deep learning software, Gregory Chatonsky’s project was inspired by the observation that « the machine was becoming capable of automatically producing a phenomenal quantity of realistic images from the accumulation of data on the Web. This realism is similar to the world we know, but it is not an identical reproduction. Species metamorphose into each other, stones mutate into plants and the shores of the ocean into unseen organisms. The result: this « second » Earth, a reinvention of our world, produced by a machine that wonders about the nature of its production.

From a database of millions of images, she creates her own representation of the mineral planet. Gregory Chatonsky, by the same process of data accumulation and statistical analysis, then gives him the fluids, plants, sound, speech and organisms to populate his surface. A world to « visit » in an exhibition that the artist has designed to be progressive: a modular structure welcomes new sculptures with strange organic shapes imagined by the machine every day. Dream in a dream, space in space: for Gregory Chatonsky, the installation must « make sensitive the ambiguity of this artificial imagination which radically doubts its status.

« La terre entière, continuellement imbibée de sang, n’est qu’un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu’à la consommation des choses, jusqu’à l’extinction du mal, jusqu’à la mort de la mort. »
Joseph de Maistre

« Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci. »
Ignaz Paul Vital Troxler

« Et trois ou quatre fois l’an je revenais, ne sachant pourquoi, seul, pour les contempler, non pas seulement Grand-père et Grand-mère mais eux tous, profilés sur le fond du vert luxuriant de l’été et l’embrasement royal de l’automne et la ruine de l’hiver, avant que ne fleurisse à nouveau le printemps, salis maintenant, un peu noircis par le temps et le climat et l’endurance mais toujours sereins, impénétrables, lointains, le regard vide, non comme des sentinelles, non comme s’ils défendaient de leurs énormes et monolithiques poids et masse les vivants contre les morts, mais plutôt les morts contre les vivants; protégeant au contraire les ossements vides et pulvérisés, la poussière inoffensive et sans défense contre l’angoisse et la douleur et l’inhumanité de la race humaine. »
William Faulkner

« Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir. »
René Char

« Il y a continuellement dans notre esprit certaines images ou conceptions des choses hors de nous, à tel point que si un homme était vivant et que tout le reste du monde fût anéanti, il n’en conserverait pas moins l’image, et l’image de toutes les choses qu’il avait vues et perçues auparavant en lui »
Hobbes, Eléments de la Loi Naturelle, I.8, p. 2

« Le sujet qui tente de se libérer de la fatalité en dominant la nature ne fait que la répéter parce que son autoconservation requiert qu’il domine sa part de nature d’une façon qui reconduit sa propre domination par la nature. Rompre l’emprise de la fatalité ne peut se faire en appelant a la raison de dominer la pulsion naturelle, ni en renversant la raison pour libérer celle-ci, mais en poussant le concept a mimer sa propre affinité non-conceptuelle avec l’impulsion. »
Ray Brassier

« Je vis ensuite un ciel nouveau et une terre nouvelle; car le premier ciel et la première terre étaient passés. »
Apocalypse, xxi. t.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_la_Terre_jumelle

Avec l’aide du Fonds de recherche du Québec en Société et culture (FRQSC), l’École Normale Supérieure Paris, le Centre d’art contemporain Les Tanneries, Hangar Barcelone, la Ferme du Buisson / Scène nationale de Marne la Vallée, la Cité internationale des arts, le 6B et Louise Poissant, Béatrice Joyeux-Prunel, Emmanuele Coccia, Yves Citton, Pierre Cassou-Noguès, Arnaud Regnauld, Jean-Christophe Arcos, Nathalie Bachand, Julien Discrit, Michel de Broin, Pau Waelder, Éric Degoutte, Christophe Charles, Goliath Dyèvre, Vadim Bernard, Robin Champenois, Aurélie Baron, Emilie Fouilloux, Vincent Obadia et Marc Bottenwieser.