Le fascisme et le refus de la finitude (jusqu’à la mort) / Fascism and the Refusal of Finitude (Unto Death)

Posez la question du réchauffement à un compte qui rélève e de l’extrême droite, et observez non pas le contenu de la réponse mais sa température affective. Quelque chose se cabre. La réaction excède toujours la simple divergence d’opinion, elle a la violence d’une chose qu’on ne peut pas se permettre de laisser entrer. Et elle se déploie en stratégies qui se contredisent entre elles sans que la contradiction gêne personne, ce qui est le signe le plus sûr qu’on n’a pas affaire à des arguments mais à des conjurations.

Première manœuvre, la disqualification de la science elle-même, climatologie vendue, modèles truqués, consensus fabriqué par une caste de chercheurs subventionnés qui auraient intérêt à l’alarme. Deuxième manœuvre, immédiatement compatible avec la première bien qu’elle la ruine, le climat a toujours varié, il y a eu des optimums médiévaux et des petits âges glaciaires, donc rien de nouveau, donc rien à faire. Troisième manœuvre, la météo prise pour le climat, une canicule au mois de juillet ne prouve rien puisque l’été est fait pour qu’il fasse chaud, et surtout, le grand argument triomphal, la vague de froid de février, la tempête de neige, qui surgit sur les fils comme une réfutation définitive, regardez, il gèle, et vous nous parlez de réchauffement. Le même compte tiendra les trois discours dans la même semaine. La science ment, le climat a toujours bougé, et il fait froid donc ça n’existe pas.

Cette incohérence logique est une cohérence structurale. Ce qui unifie les trois manœuvres, ce n’est pas une thèse sur le climat, c’est un refus de la forme même de ce que le climat impose, une limite qui ne vient pas du dehors. La climatologie est insupportable non parce qu’elle serait fausse mais parce qu’elle énonce un coût interne, une dette du système envers lui-même. Le froid de février est brandi avec ce soulagement particulier de celui qui croit avoir trouvé la sortie, car si l’on peut réduire le réchauffement à une variation de température sensible sur la peau, alors la limite redevient locale, contingente, extérieure, le genre de chose qu’un bon manteau règle. Tout l’effort consiste à reconduire une limite endogène vers le registre du dehors, là où elle redevient pensable pour une structure qui ne pense la limite que comme frontière.

La grammaire de la limite

Toute la grammaire fasciste de la limite est une grammaire du dehors. La frontière, le mur, le corps à rejeter. Une ligne qu’on décide, qu’on garde, qu’on défend les armes à la main. Le climat parle une langue que cette structure n’a pas apprise. Il dit que la combustion se paie, que la croissance bute contre elle-même, que le système produit sa propre fin par excès. Limite logée dans le carbone relâché, dans les sols épuisés, dans la chair des villes. Impossible de l’expulser puisqu’elle habite celui qui voudrait l’expulser. Admettre cette limite forcerait à reconnaître que le corps-nation a lui aussi un bord, qu’il finit, qu’il meurt, et c’est cette reconnaissance que le déni existe pour interdire.

L’ancrage historique n’est pas accessoire ici, il préserve le concept de la dérive spéculative. Robert Paxton, analysant les fascismes en régime, dégage une loi de mouvement, ce qu’il nomme le choix permanent entre radicalisation et entropie, le fascisme au pouvoir devant fuir en avant sous peine de s’effondrer dans sa propre stagnation (Robert O. Paxton, The Anatomy of Fascism, New York, Knopf, 2004). L’expansion perpétuelle, territoriale chez les fascismes classiques, n’est pas un appétit secondaire, elle est le dispositif par lequel une crise interne se trouve continuellement projetée vers l’extérieur, vers un ennemi, une terre à conquérir, une race à purger. Le fascisme historique survit en n’arrêtant jamais de déborder ses bords, parce que s’arrêter reviendrait à se retourner vers le foyer de la crise, qui est interne, et à la nommer. Paxton décrit aussi parmi les passions mobilisatrices la hantise du déclin du groupe sous l’effet corrosif d’influences étrangères, le déclin imputé toujours au-dehors et jamais à une logique propre du système. Le vectofascisme hérite de cette structure et la transpose. Là où le fascisme historique débordait géographiquement pour masquer son insolvabilité interne, le vectofascisme déborde dans l’espace latent, dans le flux statistique sans terme, et son déni climatique est la version contemporaine exacte de cette fuite, le refus de se retourner vers le coût interne au moment précis où ce coût devient catastrophique.

Suivons l’opération de près. Le vectofascisme fabrique des limites externes pour occuper le logement que tiendrait la finitude. Ses frontières opèrent comme prothèses ontologiques. Elles procurent l’expérience d’un bord choisi, surveillé, sécurisé, et cette expérience sert précisément à n’avoir jamais affaire à l’autre bord, celui que personne ne choisit, celui où le corps lâche. Le migrant vient se loger au point où se condense le refoulé. La haine qu’on lui voue tient à ceci qu’il rend visible une limite, et qu’on aimerait casser le miroir plutôt que regarder dedans. Il arrive de là où nos excès ont produit de l’inhabitable, il porte sur lui la sécheresse, le bord du monde qui avance. On l’expulse pour ne pas avoir à nommer ce qu’on expulse avec lui, et ce que la phrase peine à dire, gardons-le dans son embarras, car cet embarras est la trace de la chose. La frontière se donne pour une limite et fait le contraire du travail d’une limite. Elle ne contient pas, elle déplace. Elle s’installe dans le logement vide où la finitude devrait tenir et le bourre d’un dehors fabriqué, de sorte que la vraie limite demeure inhabitée, jamais éprouvée, jamais pensée. La souveraineté décide où l’autre s’arrête. La finitude arrête sans décider, sans discours, et de là vient qu’on la déteste, puisqu’elle ne se négocie pas.

Le corps du chef

Le transhumanisme des oligarchies numériques prolonge l’opération sur le seul terrain où la frontière échoue toujours, le corps propre. Peter Thiel place son argent dans la longévité radicale, dans les transfusions de sang jeune, dans la cryogénisation des têtes. On en rit, et l’on a tort. Quand le mur ne tient plus contre la mort, et nul mur ne tient contre la mort, l’ingénierie prend le relais, promet de différer la dernière limite sans terme, de la soustraire au calcul. Trump réélu lève le poing et donne à voir un corps qui ne tombe pas. Poutine torse nu rejoue la partition à l’Est. Lisez ces images au niveau de la fonction et non de la vanité d’homme vieillissant, le chef incarne pour les siens l’impossibilité d’être défait, donc de finir. Les foules le veulent increvable parce qu’à travers lui ce sont leurs propres morts qu’elles confient à quelqu’un qui jure de ne jamais les leur rendre.

Une objection se lève à ce point, et il faut la prendre au sérieux sous peine de laisser le concept de finitude flotter entre des registres incompatibles. De quel droit passe-t-on du climat planétaire au corps biologique du chef La finitude serait-elle un mot-valise élastique, étiré de la géophysique à la psychologie domestique au gré des besoins de la démonstration. La réponse tient dans l’unité de l’opération, non dans une unité substantielle de la limite. Il n’y a pas une même finitude qui circulerait identique du glacier au testament. Il y a une même structure de refus qui rencontre la limite sous des modalités distinctes et y répond chaque fois par le même geste, la conversion du bord interne en frontière externe, et l’élimination de ce qui en porte témoignage. Le climat, le corps mortel du chef, ce sont des lieux où une limite se manifeste comme interne, non délégable, non expulsable, et la réponse vectofasciste consiste à produire un dehors, un ennemi, une preuve à supprimer. L’échelle change, la grammaire ne change pas. C’est cette invariance grammaticale, et elle seule, qui autorise à parler d’une même logique du climat au foyer.

Le cas Musk ramasse ainsi dans une famille ce que le vectofascisme étale sur une société. Vivian Jaye Wilson change de nom et de genre, coupe le lien et coupe le patronyme. Ce qu’elle pose là, son père ne peut pas le tenir, la finitude de l’identité. L’existence trans énonce, parmi tout ce qu’elle énonce, qu’il existe un bord où l’assignation cesse de pouvoir, où la prescription paternelle, la classification biologique, le capital symbolique ne passent plus. Musk se dit libertarien et finance une croisade nationale contre les existences trans. Mesurons la dépense. On ne mobilise pas cette masse de loi et d’argent pour un désaccord domestique. Ce qu’il finance, c’est l’effacement de la chose même que sa fille lui a montrée et qu’il ne peut défaire, que l’assignation a un bord et qu’au-delà de ce bord il ne décide plus rien. Vivian est finie pour lui aux deux sens du mot, terminée comme fille, et révélatrice de sa finitude à lui, à lui qui visait Mars et la sauvegarde de la conscience dans le silicium. La fille montre le bord. Le père légifère contre le bord. Mettre à mort la finitude de l’autre produit de la mort qui se compte, et les courbes du suicide adolescent dans les États qui votent ces lois ne décorent pas la démonstration, elles la sont.

La faim de chair

Voici l’objection telle qu’elle vient depuis la Silicon Valley, débarrassée de toute philosophie de surface : « Votre finitude est un produit de luxe pour artistes subventionnés. L’infrastructure ne vous demande pas votre avis, elle tourne. Le déni climatique ne se maintient pas par croyance, il se maintient parce que l’extraction reste rentable et qu’aucune alternative ne se déploie aussi vite à l’échelle des marchés. Vos tournures singulières, celles que vous croyez nous opposer, seront indexées, vectorisées, moyennées, réinjectées dans l’entraînement avant la fin de votre relecture. La résistance esthétique alimente la machine qu’elle prétend gripper. Vous écrivez avec nos outils, sur nos serveurs, dans une langue que nos modèles cartographient, et chaque écart que vous produisez enrichit le corpus qui nous apprend à imiter l’écart. L’incommensurable entre comme donnée. Le singulier devient paramètre. »

Cette objection se réfute sur son propre terrain. Le système absorbe la critique, et cette capacité d’absorption le perce à jour. Il lui faut tout prendre parce qu’il ne supporte aucun reste. Une puissance qui doit capturer la totalité ne tolère aucune part qui échappe, aucun bord, aucun dehors, et son appétit d’absorption porte un autre nom, la terreur de la limite. Ce que la capture computationnelle nomme son efficacité, c’est sa panique muée en architecture.

Reste à montrer que cette panique a une assiette matérielle, et c’est ici que l’effondrement des modèles cesse d’être un slogan d’opposant pour devenir le lieu où la finitude refoulée fait retour dans la machine elle-même. Un modèle nourri de ses propres productions dérive, s’appauvrit, perd les queues de distribution, oublie le rare, le minoritaire, l’aberrant, jusqu’à converger vers une moyenne de plus en plus exsangue de lui-même. Les ingénieurs nomment cela effondrement de modèle, et ils le redoutent, car il signe une vérité qu’ils préféreraient ne pas formuler. La machine ne peut pas se nourrir d’elle-même. Elle a faim, structurellement, de données qu’elle n’a pas produites, de texte écrit par des mains, de paroles tenues dans des situations datées, indexées sur un ici et un maintenant, par des corps qui ont chaud, qui vieillissent, qui craignent, qui meurent. Ce qu’elle nomme données fraîches, propres, non synthétiques, c’est exactement de la finitude humaine encore tiède, du vécu non encore moyenné, de l’incommensurable pas encore réduit. Le capital computationnel découvre ainsi sa dépendance la plus humiliante. Il rachète au prix fort, par des armées de travailleurs annotant et rédigeant pour quelques dollars, le reste qu’il prétendait pouvoir éliminer. Il expulse la finitude par l’avant, fantasme d’une intelligence pure auto-engendrée, et la réintroduit par l’arrière, contrat après contrat, parce que sans elle il s’éteint. Sa faim de chair est l’aveu que le synthétique seul est stérile, que la production de sens reste arrimée à des existences qui souffrent, et que cette dépendance ne se sous-traite pas indéfiniment. Il ne faut donc rien attendre de l’effondrement comme d’une grâce, ils le repoussent à coups de chair achetée. Mais cette chair achetée dit assez que le dehors qu’ils nient les tient, et la tâche est de saturer la bête de ce qu’elle ne peut ni digérer ni racheter, de produire du reste si singulier qu’aucune annotation ne le rattrape, et de tenir ouvert ce qu’elle voudrait clore.

L’in-finitude

Dans L’Inhumain, le texte « Si l’on peut penser sans corps » ne pose pas la question d’une mort individuelle, datée, située. Il la pose depuis l’extinction du soleil, dans quelque quatre milliards et demi d’années, quand l’astre qui rend la pensée possible se sera éteint. Peut-on penser après cela. La réponse ferme la sortie de secours transhumaniste avant qu’on la pousse. Penser, c’est souffrir, et la souffrance requiert un corps matériel qui s’use, qui manque, qui finit. Aucun logiciel ne se sauve d’un matériel corrompu, la séparation des deux reste aussi intenable que l’âme cartésienne détachée de l’étendue. L’InfAns garde ici son sens rigoureux et non son ombre métaphorique, l’état d’avant la maîtrise, le manque originaire par lequel le non-encore-pensé insiste et fait mal, la passibilité qui précède toute perte assignable. Le fantasme technologique d’immortalité refuse cet InfAns deux fois, en croyant arracher la pensée à la corruption du corps, et en oubliant que la pensée demeure un fragment temporaire d’un coin de galaxie voué à l’entropie.

Le geste ne consiste pas à accepter la finitude. L’acceptation reste une manière d’en finir avec elle, de la border comme un deuil bien conduit, de la ranger une fois pour toutes. La direction inverse seule convient, porter la finitude à son excès jusqu’au point où elle cesse de se refermer. Nommons ce point l’in-finitude, et pesons le préfixe. Non pas l’infini, que le vectofascisme revendique pour son propre compte sous les espèces de la croissance illimitée et de l’expansion sans terme. Le in- de l’in-finitude est celui de l’inachevable, ne jamais en finir avec la finitude, la tenir ouverte, la différer, l’empêcher de coïncider avec elle-même et de devenir ainsi disponible pour la clôture. La finitude excédée déploie ici sa portée politique, finitude qui se sait mortelle et qui pour cela même ne cesse de différer sa propre fin.

Deux mains tiennent la mort et ne se serreront pas. La première la tient pour la supprimer, immortalité d’ingénieur, déni du climat, expulsion des corps qui font signe vers le bord. La seconde la tient pour lui refuser le dernier mot, ce qui ne revient jamais à la vaincre. Différer la clôture parce qu’on se sait fini, là tient toute la position, et elle suffit à séparer une politique de l’in-finitude d’une production de cadavres.


The Symptom

Ask an extreme-right account a question about global warming, and observe not the content of the response but its affective temperature. Something rears up. The reaction always exceeds a simple divergence of opinion; it possesses the violence of something that one cannot afford to let in. And it deploys itself in strategies that contradict one another without the contradiction bothering anyone, which is the surest sign that we are dealing not with arguments but with conjurations.

The first maneuver is the disqualification of science itself: corrupt climatology, rigged models, a consensus manufactured by a caste of subsidized researchers who have a vested interest in sounding the alarm. The second maneuver—immediately compatible with the first despite undermining it—is that the climate has always varied; there were medieval optimums and little ice ages, so there is nothing new, and therefore nothing to be done. The third maneuver takes the weather for the climate: a heatwave in July proves nothing because summer is meant to be hot, and above all, the great triumphant argument, the February cold snap, the blizzard, which surges onto feeds like a definitive refutation—look, it’s freezing, and you’re talking to us about global warming. The same account will maintain all three discourses in the same week. Science lies, the climate has always shifted, and it’s cold, so it doesn’t exist.

This logical incoherence is a structural coherence. What unifies these three maneuvers is not a thesis on the climate, but a refusal of the very form of what the climate imposes: a limit that does not come from the outside. Climatology is unendurable not because it might be false, but because it enunciates an internal cost, a debt of the system toward itself. The February cold is brandished with that peculiar relief of someone who believes they have found the exit; for if global warming can be reduced to a temperature variation felt on the skin, then the limit becomes once again local, contingent, external—the kind of thing a good coat can fix. The entire effort consists in driving an endogenous limit back into the register of the outside, where it becomes thinkable again for a structure that only thinks of limits as borders.

The Grammar of the Limit

The entire fascist grammar of the limit is a grammar of the outside. The border, the wall, the body to be rejected. A line that one decides, that one guards, that one defends with weapons in hand. The climate speaks a language this structure has not learned. It says that combustion must be paid for, that growth stumbles against itself, that the system produces its own end through excess. A limit lodged in released carbon, in depleted soils, in the flesh of cities. It is impossible to expel it, because it inhabits the very person who wishes to expel it. Admitting this limit would force the recognition that the nation-body also has an edge, that it ends, that it dies—and it is this recognition that denial exists to prohibit.

The historical anchoring is not incidental here; it preserves the concept from speculative drift. Robert Paxton, analyzing fascisms in power, identifies a law of motion, which he calls the permanent choice between radicalization and entropy: fascism in power must flee forward or risk collapsing into its own stagnation (Robert O. Paxton, The Anatomy of Fascism, New York, Knopf, 2004). Perpetual expansion, territorial in classical fascisms, is not a secondary appetite; it is the mechanism by which an internal crisis is continually projected outward, toward an enemy, a land to conquer, a race to purge. Historical fascism survives by never ceasing to overflow its edges, because to stop would mean turning back toward the core of the crisis, which is internal, and naming it. Paxton also describes, among the mobilizing passions, the dread of the group’s decline under the corrosive effect of foreign influences—a decline always imputed to the outside and never to an inherent logic of the system. Vectofascism inherits this structure and transposes it. Where historical fascism overflowed geographically to mask its internal insolvency, vectofascism overflows into latent space, into the endless statistical flow, and its climate denial is the exact contemporary version of this flight: the refusal to turn toward the internal cost at the precise moment when this cost becomes catastrophic.

Let us follow the operation closely. Vectofascism manufactures external limits to occupy the space that finitude would hold. Its borders operate as ontological prostheses. They provide the experience of a chosen, monitored, secured edge, and this experience serves precisely to avoid ever dealing with the other edge—the one no one chooses, the one where the body gives out. The migrant comes to lodge at the exact point where the repressed condenses. The hatred directed at them stems from the fact that they make a limit visible, and one would rather break the mirror than look into it. They arrive from where our excesses have produced the uninhabitable; they carry upon themselves the drought, the advancing edge of the world. We expel them so as not to have to name what we are expelling along with them, and what the sentence struggles to say, let us keep in its awkwardness, for this awkwardness is the trace of the thing itself. The border passes itself off as a limit and does the exact opposite of a limit’s work. It does not contain; it displaces. It installs itself in the empty housing where finitude should reside and stuffs it with a fabricated outside, so that the true limit remains uninhabited, never experienced, never thought. Sovereignty decides where the other stops. Finitude stops without deciding, without discourse, and that is why it is hated, since it cannot be negotiated.

The Body of the Leader

The transhumanism of digital oligarchies extends this operation onto the only terrain where the border always fails: one’s own body. Peter Thiel pours his money into radical longevity, into young blood transfusions, into the cryogenization of heads. We laugh at this, and we are wrong. When the wall no longer holds against death—and no wall holds against death—engineering takes over, promising to defer the ultimate limit indefinitely, to remove it from the calculation. A re-elected Trump raises his fist and displays a body that does not fall. A shirtless Putin replays the same score in the East. Read these images at the level of function and not the vanity of an aging man: the leader embodies for his followers the impossibility of being defeated, and therefore, of ending. The crowds want him to be indestructible because through him, it is their own deaths they are entrusting to someone who swears never to return them.

An objection arises at this point, and it must be taken seriously, lest the concept of finitude be left floating between incompatible registers. By what right does one slide from the planetary climate to the biological body of the leader? Is finitude an elastic catch-all word, stretched from geophysics to domestic psychology according to the needs of the demonstration? The answer lies in the unity of the operation, not in a substantial unity of the limit. There is no single finitude that circulates identically from the glacier to the last will and testament. There is the same structure of refusal that encounters the limit under distinct modalities and responds each time with the same gesture: the conversion of the internal edge into an external border, and the elimination of whatever bears witness to it. The climate, the mortal body of the leader—these are places where a limit manifests as internal, non-delegable, non-expellable, and the vectofascist response consists in producing an outside, an enemy, a piece of evidence to suppress. The scale changes, the grammar does not. It is this grammatical invariance, and it alone, that authorizes us to speak of the same logic from the climate to the home.

The Musk case thus gathers within one family what vectofascism spreads across a society. Vivian Jaye Wilson changes her name and gender, cuts the tie, and cuts the patronymic. What she posits there, her father cannot bear: the finitude of identity. Trans existence enunciates, among all that it enunciates, that there is an edge where assignment ceases to have power, where paternal prescription, biological classification, and symbolic capital no longer pass through. Musk calls himself a libertarian and finances a national crusade against trans existences. Let us measure the expense. One does not mobilize this mass of law and money for a domestic disagreement. What he finances is the erasure of the very thing his daughter showed him and which he cannot undo: that assignment has an edge and that beyond this edge, he decides nothing anymore. Vivian is finished for him in both senses of the word: terminated as a daughter, and a revelation of his own finitude—his, who aimed for Mars and the preservation of consciousness in silicon. The daughter shows the edge. The father legislates against the edge. Putting to death the finitude of the other produces countable death, and the curves of adolescent suicide in the states that vote for these laws do not decorate the demonstration; they are it.

The Hunger for Flesh

Here is the objection as it comes from Silicon Valley, stripped of all surface philosophy: “Your finitude is a luxury product for subsidized artists. The infrastructure doesn’t ask for your opinion; it runs. Climate denial is not maintained by belief; it is maintained because extraction remains profitable and no alternative deploys as quickly on a market scale. Your singular turns of phrase, those you believe you are opposing to us, will be indexed, vectorized, averaged, and reinjected into training before you finish proofreading. Aesthetic resistance feeds the machine it claims to jam. You write with our tools, on our servers, in a language that our models map, and every deviation you produce enriches the corpus that teaches us how to imitate deviation. The incommensurable enters as data. The singular becomes a parameter.”

This objection is refuted on its own ground. The system absorbs criticism, and this capacity for absorption exposes it. It must take everything because it cannot tolerate any remnant. A power that must capture the totality tolerates no part that escapes, no edge, no outside, and its appetite for absorption bears another name: the terror of the limit. What computational capture calls its efficiency is its panic converted into architecture.

It remains to be shown that this panic has a material foundation, and it is here that the collapse of models ceases to be an opponent’s slogan and becomes the place where repressed finitude returns within the machine itself. A model fed on its own productions drifts, degrades, loses the tails of distribution, forgets the rare, the minority, the aberrant, until it converges toward an increasingly bloodless average of itself. Engineers call this model collapse, and they dread it, for it signs a truth they would prefer not to formulate. The machine cannot feed on itself. It is structurally hungry for data it did not produce, for text written by hands, for words spoken in dated situations, indexed to a here and a now, by bodies that are hot, that age, that fear, that die. What it calls fresh, clean, non-synthetic data is exactly human finitude still warm, lived experience not yet averaged out, the incommensurable not yet reduced. Computational capital thus discovers its most humiliating dependence. It buys back at a high price, through armies of workers annotating and writing for a few dollars, the remnant it claimed it could eliminate. It expels finitude through the front—the fantasy of a pure, self-engendered intelligence—and reintroduces it through the back, contract after contract, because without it, it goes out. Its hunger for flesh is the confession that the synthetic alone is sterile, that the production of meaning remains anchored to existences that suffer, and that this dependence cannot be outsourced indefinitely. We must therefore expect nothing from collapse as if it were a grace; they fend it off with chunks of purchased flesh. But this purchased flesh says enough that the outside they deny holds them, and the task is to saturate the beast with what it can neither digest nor buy back, to produce a remnant so singular that no annotation can catch up with it, and to hold open what it wishes to close.

In-finitude

In The Inhuman, the text “Can Thought Go On Without a Body?” does not ask the question of an individual, dated, situated death. It asks it from the standpoint of the extinction of the sun, in some four and a half billion years, when the star that makes thought possible will have gone out. Can one think after that? The answer closes the transhumanist emergency exit before anyone can push it. To think is to suffer, and suffering requires a material body that wears out, that lacks, that ends. No software saves itself from corrupted hardware; the separation of the two remains as untenable as the Cartesian soul detached from extension. The InfAns retains here its rigorous meaning and not its metaphorical shadow: the state before mastery, the originary lack through which the not-yet-thought insists and hurts, the passibility that precedes any assignable loss. The technological fantasy of immortality refuses this InfAns twice over: by believing it can tear thought away from the corruption of the body, and by forgetting that thought remains a temporary fragment of a corner of the galaxy doomed to entropy.

The gesture does not consist in accepting finitude. Acceptance remains a way of getting it over with, of bordering it like a well-conducted mourning, of putting it away once and for all. Only the opposite direction is suitable: carrying finitude to its excess up to the point where it ceases to close in on itself. Let us call this point in-finitude, and let us weigh the prefix. Not the infinite, which vectofascism claims for its own account in the guise of unlimited growth and endless expansion. The in- of in-finitude is that of the unfinishable: never getting it over with finitude, holding it open, deferring it, preventing it from coinciding with itself and thus becoming available for closure. Finitude exceeded deploys its political scope here: a finitude that knows itself to be mortal and, for that very reason, never ceases to defer its own end.

Two hands hold death and will not shake. The first holds it to suppress it—the immortality of the engineer, climate denial, the expulsion of bodies that point toward the edge. The second holds it to refuse it the final word, which never amounts to conquering it. To defer closure because one knows oneself to be finite: therein lies the entire position, and it is enough to separate a politics of in-finitude from a production of corpses.