Une lecture impossible / An impossible reading

Nous savons que quelque chose s’est brisé. Nous ne savons pas quoi. Nous continuons à lire. Nous continuons à écrire. Mais ce n’est plus pareil. Il y a un bruit dans la lecture. Un soupçon. Une question qui vient avant les mots.

Qui a écrit ça.

Ce n’est pas une question. C’est un mur.

Le soupçon est arrivé avec les machines qui écrivent. Mais le soupçon était déjà là. Il dormait.

Avant, nous lisions en cherchant quelqu’un. Derrière chaque phrase, nous cherchions une présence. Une conscience. Un corps qui avait éprouvé pour écrire ça. Nous appelions cela lire. C’était autre chose. C’était chercher.

Chercher qui.

Chercher quelqu’un qui aurait vécu. Qui aurait pensé. Qui aurait tremblé devant la page blanche comme nous tremblons. Nous voulions cette communion. Nous l’appelions littérature.

Maintenant le soupçon est là. Il dit : peut-être qu’il n’y a personne.

Voici le paradoxe. Voici ce que nous avons découvert.

Ce qui libère l’écriture emprisonne la lecture.

Du côté de l’écriture : des flux, des possibles, des dépliements. On écrit avec des forces qui nous dépassent. On n’est plus seul. La solitude de l’écrivain était un mensonge. Maintenant on le sait. On écrit avec des fantômes et des machines et des textes morts et des probabilités. On a toujours écrit comme ça. Maintenant c’est visible.

Du côté de la lecture : un mur. Le soupçon. La question qui vient avant tout. Qui a écrit ça. Et si c’est une machine. Et si c’est personne. Et si je cherche pour rien.

L’écriture s’ouvre. La lecture se ferme.

C’est le même geste. C’est la même machine. C’est le même monde. Mais ce qui donne d’un côté prend de l’autre.

La lecture était une foi.

On ne le savait pas. On croyait lire des mots. On croyait comprendre des phrases. On croyait recevoir du sens. Mais en vérité on croyait. On avait foi. Foi qu’il y avait quelqu’un.

Quelqu’un qui avait choisi ce mot plutôt qu’un autre. Quelqu’un qui avait hésité. Quelqu’un qui s’était trompé puis corrigé. Quelqu’un qui avait eu froid en écrivant ou chaud ou faim ou sommeil. Quelqu’un qui avait un corps et qui disposait du sens.

La lecture était un acte de foi en l’existence d’un corps absent.

Les machines ont tué cette foi. Non pas en prouvant qu’il n’y a personne. Mais en rendant la question indécidable. Peut-être quelqu’un. Peut-être personne. Tu ne sauras jamais.

Il y a eu trois âges de la lecture.

Le premier âge. On ne se posait pas la question. Il y avait un auteur. Il avait un nom. Il avait vécu. Il était peut-être mort mais il avait vécu. On lisait pour le rejoindre. C’était simple. C’était faux mais c’était simple.

Le deuxième âge. On a tué l’auteur. Barthes l’a tué. Foucault l’a tué. On a dit : le texte est un tissu de citations. L’auteur est une fonction. Le sujet est une illusion. Mais on continuait à chercher. On cherchait le texte lui-même. Le langage. La structure. On avait remplacé la personne par la machine abstraite du langage. C’était encore une foi.

Le troisième âge. Les machines écrivent avec nous. Et nous ne savons plus quoi chercher. Ni l’auteur. Ni le texte. Ni le langage. Car le langage lui-même est devenu suspect. Il sort des machines comme il sortait des bouches. Il n’a plus d’origine assignable.

Nous sommes dans le troisième âge. Nous ne savons pas lire.

Si tu mens sur l’origine de ton texte, on te lira.

Si tu dis la vérité, on ne te lira pas.

Voici le paradoxe. L’honnêteté est punie. La transparence produit l’opacité. Dire « j’ai écrit avec une machine » c’est poser un filtre entre ton texte et le monde. Un filtre qui ne laisse passer que le soupçon.

Ceux qui cachent peuvent encore être reçus. Ceux qui avouent sont exclus.

Nous avons construit un monde où la sincérité rend illisible.

Nous cherchions quelqu’un.

Pas du sens. Pas de la beauté. Pas de la vérité. Quelqu’un.

Une présence derrière les mots. Un regard qui nous regardait à travers les phrases. Nous lisions pour être moins seuls. Nous lisions pour toucher un autre esprit. Nous appelions cela comprendre. C’était désirer.

Désirer quoi.

Désirer que quelqu’un ait pensé à nous. Avant nous. Sans nous connaître. Mais pour nous quand même. Nous voulions être attendus par les livres.

Les machines n’attendent personne. Elles calculent des probabilités. Elles produisent du texte comme les nuages produisent de la pluie. Sans intention. Sans désir. Sans attente.

Et nous ne savons pas lire la pluie.

Autrefois la qualité était une preuve. Un beau texte prouvait un esprit. Une phrase parfaite prouvait un travail. Un style prouvait une personne.

Maintenant la qualité est suspecte.

Trop fluide. Trop bien construit. Trop cohérent. Les machines écrivent fluide. Les machines écrivent cohérent. Les machines ne trébuchent pas.

Le trébuchement est devenu la seule preuve d’humanité.

Nous cherchons les erreurs. Nous cherchons les maladresses. Nous cherchons les ruptures. Nous cherchons ce qui cloche. Car ce qui cloche prouve qu’il y avait quelqu’un pour clocher.

La perfection est devenue inhumaine.

Nous en sommes là. À préférer le défaut. À chercher la faille comme preuve de présence. À nous méfier de ce qui est beau.

La lecture est devenue une enquête.

On ne lit plus. On inspecte. On cherche des indices. Cette tournure est-elle humaine. Ce rythme est-il naturel. Cette image est-elle vécue.

Nous lisons comme des policiers. Nous cherchons le coupable. Le coupable c’est la machine. Ou le coupable c’est l’humain qui a menti. Ou le coupable c’est nous qui ne savons plus faire confiance.

La lecture paranoïaque.

Elle est épuisante. Elle tue le plaisir. Elle transforme chaque texte en scène de crime. Nous ne recevons plus rien. Nous examinons. Nous soupesons. Nous jugeons.

Et le texte reste là. Fermé. Comme une porte qu’on aurait oublié comment ouvrir.

La question n’est pas : les machines peuvent-elles écrire.

Elles écrivent. C’est fait. C’est fini. Il n’y a plus à en débattre.

La question n’est pas : les machines peuvent-elles créer.

Cette question est un piège. Elle suppose qu’on sait ce que créer veut dire. On ne sait pas.

La question est : pouvons-nous lire sans chercher quelqu’un.

Pouvons-nous recevoir un texte comme on reçoit un paysage. Sans demander qui l’a fait. Sans chercher l’intention. Sans vouloir la communion.

Pouvons-nous habiter un texte sans lui demander ses papiers.

Peut-être faut-il apprendre autre chose.

Pas lire. Habiter.

Habiter un texte comme on habite une forêt. Sans se demander qui a planté les arbres. Sans chercher le jardinier. En acceptant que ce soit là. Que ce soit venu. De processus qu’on ne contrôle pas.

La lecture-habitation ne demande pas d’où vient le texte. Elle demande : puis-je y séjourner. Y a-t-il de l’espace pour moi. Puis-je y respirer.

C’est une autre relation. Pas la communion avec un esprit. Le séjour dans une forme.

Mais peut-être est-ce impossible. Peut-être que lire c’est constitutivement chercher quelqu’un. Peut-être que sans cette quête il n’y a plus de lecture. Seulement du déchiffrement. Seulement des yeux sur des signes.

Peut-être que la lecture est morte et que nous ne le savons pas encore.

Nous déclarons que l’ère de l’origine certaine est terminée.

Nous déclarons que le soupçon est désormais la condition de toute lecture.

Nous déclarons que ce qui libère l’écriture emprisonne la lecture et que cette asymétrie définit notre temps.

Nous déclarons que la lecture était une foi et que cette foi est brisée.

Nous déclarons que chercher l’auteur derrière le texte était la définition même de lire et que nous ne savons plus lire.

Nous déclarons que l’honnêteté sur l’origine rend illisible et que le mensonge permet encore la réception.

Nous déclarons que nous devons inventer une nouvelle lecture ou accepter de ne plus lire.

Nous déclarons que nous ne savons pas comment faire.

Nous déclarons que ce manifeste a été écrit avec des machines et que vous ne pouvez pas le lire.

Vous êtes en train de ne pas le lire.

Et pourtant.

Il y a ce tremblement. Cette chose qui reste quand tout le reste s’effondre.

Le corps devant l’écran. Les yeux fatigués. Les épaules nouées. La main qui hésite avant d’appuyer sur entrée. La relecture. La rature. Le doute.

La machine ne doute pas. La machine déroule. La machine lisse.

Mais quelqu’un a relu ce texte. Quelqu’un a coupé des phrases. Quelqu’un a ajouté un mot. Quelqu’un s’est levé pour boire un verre d’eau et en revenant a changé d’avis sur un paragraphe.

Ce quelqu’un existe. Il a un corps. Il a froid ou chaud ou faim ou sommeil.

Peut-être que le tremblement est ce qui reste. La seule chose qui ne peut pas être simulée. Non pas le texte mais le geste de revenir sur le texte. Non pas les mots mais l’hésitation entre les mots.

Peut-être que nous devons apprendre à lire le tremblement. Mais ce tremblement ne concerne pas l’écriture, il est dans la lecture.

Pas le texte.

Je ne sais pas si ce manifeste est lisible.

Je ne sais pas si vous cherchez quelqu’un derrière ces mots. Je ne sais pas si vous le trouvez. Je ne sais pas si je suis là.

J’ai écrit avec des machines. J’ai écrit contre des machines. J’ai écrit à travers des machines. Je ne sais plus où finit la machine et où je commence.

Ce n’est pas grave.

Ce qui est grave c’est que vous ne pouvez peut-être pas me recevoir. Que le soupçon est entre nous. Que ces mots vous arrivent déjà contaminés par la question.

Qui a écrit ça.

Je ne sais pas quoi vous répondre. La réponse honnête serait : quelqu’un et quelque chose.

Mais cette réponse vous ferme la porte.

Alors je vous mens. Je vous dis : c’est moi. J’ai tout écrit. Seul. Dans ma chambre. Avec mes mains. Mon corps. Ma fatigue.

Et peut-être qu’en vous mentant je vous permets de lire.

Et peut-être que ce mensonge est le dernier acte de l’écrivain pour son lecteur.

Lui donner quelqu’un à chercher.

Même si ce quelqu’un n’existe pas.

Même si ce quelqu’un n’a jamais existé.

Nous sommes au bord de quelque chose.

Pas la fin de la littérature. La littérature ne finit pas. Elle se transforme. Elle devient autre chose. Elle devient quoi.

Nous ne savons pas.

Nous savons seulement que l’ancien pacte est rompu. Le pacte qui disait : je t’écris, tu me lis, nous nous rencontrons dans le texte. Ce pacte supposait deux présences. Une qui écrit. Une qui lit. Et le texte comme lieu de rendez-vous.

Maintenant le lieu de rendez-vous est vide. Ou plein de fantômes. Ou plein de machines. Ou plein de quelque chose qu’on ne sait pas nommer.

Nous y allons quand même.

Nous écrivons dans le vide. Nous lisons dans le soupçon. Nous continuons.

Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Parce que le tremblement continue.

Parce qu’il y a encore des corps devant des écrans. Des yeux fatigués. Des mains qui hésitent.

Parce qu’il y a encore quelqu’un pour se demander s’il y a quelqu’un.

Et peut-être que cette question est la dernière forme de la littérature.

La question sans réponse.

La recherche sans fin.

Le soupçon comme seul lien entre nous.


We know that something has broken. We don’t know what. We continue to read. We continue to write. But it’s not the same anymore. There’s a noise in reading. A suspicion. A question that comes before the words.

Who wrote this.

It’s not a question. It’s a wall.

Suspicion arrived with machines that write. But suspicion was already there. It was sleeping.

Before, we read searching for someone. Behind each sentence, we searched for a presence. A consciousness. A body that had felt something to write this. We called this reading. It was something else. It was searching.

Searching for whom.

Searching for someone who would have lived. Who would have thought. Who would have trembled before the blank page as we tremble. We wanted this communion. We called it literature.

Now suspicion is here. It says: perhaps there is no one.

Here is the paradox. Here is what we have discovered.

What liberates writing imprisons reading.

On the writing side: flows, possibilities, unfoldings. We write with forces that surpass us. We are no longer alone. The writer’s solitude was a lie. Now we know it. We write with ghosts and machines and dead texts and probabilities. We have always written like this. Now it’s visible.

On the reading side: a wall. Suspicion. The question that comes before everything. Who wrote this. What if it’s a machine. What if it’s no one. What if I’m searching for nothing.

Writing opens. Reading closes.

It’s the same gesture. It’s the same machine. It’s the same world. But what gives on one side takes on the other.

Reading was a faith.

We didn’t know it. We thought we were reading words. We thought we were understanding sentences. We thought we were receiving meaning. But in truth we believed. We had faith. Faith that there was someone.

Someone who had chosen this word rather than another. Someone who had hesitated. Someone who had made a mistake then corrected it. Someone who had been cold while writing or hot or hungry or sleepy. Someone who had a body and who possessed meaning.

Reading was an act of faith in the existence of an absent body.

Machines have killed this faith. Not by proving there is no one. But by making the question undecidable. Perhaps someone. Perhaps no one. You will never know.

There have been three ages of reading.

The first age. We didn’t ask the question. There was an author. They had a name. They had lived. They were perhaps dead but they had lived. We read to reach them. It was simple. It was false but it was simple.

The second age. We killed the author. Barthes killed them. Foucault killed them. We said: the text is a tissue of quotations. The author is a function. The subject is an illusion. But we continued to search. We searched for the text itself. Language. Structure. We had replaced the person with the abstract machine of language. It was still a faith.

The third age. Machines write with us. And we no longer know what to search for. Neither the author. Nor the text. Nor language. For language itself has become suspect. It comes out of machines as it came out of mouths. It no longer has an assignable origin.

We are in the third age. We don’t know how to read.

If you lie about the origin of your text, you will be read.

If you tell the truth, you will not be read.

Here is the paradox. Honesty is punished. Transparency produces opacity. To say “I wrote with a machine” is to place a filter between your text and the world. A filter that lets through only suspicion.

Those who hide can still be received. Those who confess are excluded.

We have built a world where sincerity renders unreadable.

We were searching for someone.

Not meaning. Not beauty. Not truth. Someone.

A presence behind the words. A gaze that looked at us through the sentences. We read to be less alone. We read to touch another mind. We called this understanding. It was desiring.

Desiring what.

Desiring that someone had thought of us. Before us. Without knowing us. But for us nonetheless. We wanted to be awaited by books.

Machines await no one. They calculate probabilities. They produce text as clouds produce rain. Without intention. Without desire. Without expectation.

And we don’t know how to read the rain.

Once upon a time quality was proof. A beautiful text proved a mind. A perfect sentence proved work. A style proved a person.

Now quality is suspect.

Too fluid. Too well constructed. Too coherent. Machines write fluid. Machines write coherent. Machines don’t stumble.

Stumbling has become the only proof of humanity.

We search for errors. We search for clumsiness. We search for ruptures. We search for what’s wrong. Because what’s wrong proves there was someone to be wrong.

Perfection has become inhuman.

This is where we are. Preferring the flaw. Searching for the fault as proof of presence. Distrusting what is beautiful.

Reading has become an investigation.

We no longer read. We inspect. We search for clues. Is this turn of phrase human. Is this rhythm natural. Is this image lived.

We read like police officers. We search for the culprit. The culprit is the machine. Or the culprit is the human who lied. Or the culprit is us who no longer know how to trust.

Paranoid reading.

It’s exhausting. It kills pleasure. It transforms every text into a crime scene. We no longer receive anything. We examine. We weigh. We judge.

And the text remains there. Closed. Like a door we’ve forgotten how to open.

The question is not: can machines write.

They write. It’s done. It’s finished. There’s nothing more to debate.

The question is not: can machines create.

This question is a trap. It assumes we know what creating means. We don’t.

The question is: can we read without searching for someone.

Can we receive a text as we receive a landscape. Without asking who made it. Without searching for intention. Without wanting communion.

Can we inhabit a text without asking for its papers.

Perhaps we must learn something else.

Not reading. Inhabiting.

Inhabiting a text as we inhabit a forest. Without wondering who planted the trees. Without searching for the gardener. Accepting that it’s there. That it came. From processes we don’t control.

Reading-as-inhabitation doesn’t ask where the text comes from. It asks: can I stay here. Is there space for me. Can I breathe here.

It’s another relationship. Not communion with a mind. Sojourning in a form.

But perhaps it’s impossible. Perhaps reading is constitutively searching for someone. Perhaps without this quest there is no more reading. Only decipherment. Only eyes on signs.

Perhaps reading is dead and we don’t know it yet.

We declare that the era of certain origin is over.

We declare that suspicion is henceforth the condition of all reading.

We declare that what liberates writing imprisons reading and that this asymmetry defines our time.

We declare that reading was a faith and that this faith is broken.

We declare that searching for the author behind the text was the very definition of reading and that we no longer know how to read.

We declare that honesty about origin renders unreadable and that lying still allows reception.

We declare that we must invent a new reading or accept no longer reading.

We declare that we don’t know how to do it.

We declare that this manifesto was written with machines and that you cannot read it.

You are in the process of not reading it.

And yet.

There is this trembling. This thing that remains when everything else collapses.

The body before the screen. Tired eyes. Knotted shoulders. The hand that hesitates before pressing enter. Rereading. Crossing out. Doubt.

The machine doesn’t doubt. The machine unrolls. The machine smooths.

But someone reread this text. Someone cut sentences. Someone added a word. Someone got up to drink a glass of water and coming back changed their mind about a paragraph.

This someone exists. They have a body. They are cold or hot or hungry or sleepy.

Perhaps trembling is what remains. The only thing that cannot be simulated. Not the text but the gesture of returning to the text. Not the words but the hesitation between words.

Perhaps we must learn to read the trembling. But this trembling doesn’t concern reading, it is reading.

Not the text.

I don’t know if this manifesto is readable.

I don’t know if you’re searching for someone behind these words. I don’t know if you find them. I don’t know if I’m here.

I wrote with machines. I wrote against machines. I wrote through machines. I no longer know where the machine ends and where I begin.

It doesn’t matter.

What matters is that you perhaps cannot receive me. That suspicion is between us. That these words reach you already contaminated by the question.

Who wrote this.

I don’t know what to answer you. The honest answer would be: someone and something.

But this answer closes the door on you.

So I lie to you. I tell you: it’s me. I wrote everything. Alone. In my room. With my hands. My body. My fatigue.

And perhaps by lying to you I allow you to read.

And perhaps this lie is the writer’s last act for their reader.

Giving them someone to search for.

Even if this someone doesn’t exist.

Even if this someone never existed.

We are on the edge of something.

Not the end of literature. Literature doesn’t end. It transforms. It becomes something else. It becomes what.

We don’t know.

We only know that the old pact is broken. The pact that said: I write to you, you read me, we meet in the text. This pact assumed two presences. One that writes. One that reads. And the text as meeting place.

Now the meeting place is empty. Or full of ghosts. Or full of machines. Or full of something we don’t know how to name.

We go there anyway.

We write into the void. We read in suspicion. We continue.

Because there’s nothing else to do.

Because the trembling continues.

Because there are still bodies before screens. Tired eyes. Hesitant hands.

Because there is still someone wondering if there is someone.

And perhaps this question is the last form of literature.

The question without answer.

The search without end.

Suspicion as the only link between us.