Résister, disent-ils

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Alors que le système capitaliste ne cesse de s’arrêter et que, toujours au bord de la faillite, il semble se renforcer de jour en jour, mêlant force et fragilité d’une manière inattendue, les oeuvres d’art se présentant comme des actes de résistance se multiplient. Mais il faut distinguer deux formes de résistance en art. La première est un écrin pour le pouvoir en place et si elle semble s’opposer à lui c’est toujours en y réagissant à partir d’un lieu qui ne peut inquiéter le pouvoir tant il est solitaire. Cette résistance est critique et en tant que critique, elle met en scène une crise qui valide la puissance en place.

La seconde se place résolument ailleurs, dans un espace qui n’est pas celui du pouvoir, et c’est pourquoi elle semble faible et fragile, distante et inquiète à la fois. Elle ne réagit pas, elle ne cherche pas le dialogue (fut-ce pas un coup d’éclat) comme la première, elle produit elle-même son propre lieu qu’on appellera ici par commodité l’imaginaire. Ce dernier est une topologie dôtée de signes dont la signification n’est pas encore la propriété du pouvoir structurel. Et c’est pourquoi ces signes semblent au premier abord insignifiants, inconsistants, leur signification n’a pas été partagée, le partage est encore un événement à venir : des gens viendront, interpréteront ou pas, seront sensibles ou insensibles, ces gens seront libres d’être ce qu’ils sont, de réagir comme bon leur semblent, parce que cette signification n’est pas (encore) un mot d’ordre, mais un flottement, l’inconsistance conquise (Lyotard).

La première résistance est conductrice : comme dans un système électrique, il faut une résistance pour que ça passe. Elle ne résiste qu’en apparence, parce qu’en s’opposant, elle ne fait que répondre au mot d’ordre énoncé par la structure au pouvoir. En ce sens, vandaliser un musée est une résistance qui alimente le système, parce qu’elle reste dans le cadre défini par lui et elle ne joue que dans les bornes préexistantes. Elle décode le flux et le recode sans changer les conditions mêmes du codage (Deleuze et Guattari). Résister en critiquant le système en place, en proposant des alternatives, c’est accepter le langage des dominants. Résister en piratant, en détournant, c’est encore accepter d’avance les condition du dialogue. La seconde résistance est flux : comme dans un cours d’eau, il est difficile de distinguer le calme de l’agitation, le sens du courant, les détails de l’ensemble, parce que ce qui est en jeu sont des multitudes dont les rapports ne sont pas réglés d’avance, c’est-à-dire qui ne parlent pas le même langage et qui ne suivent le même mot d’ordre. Il n’y a pas la rivière et « ses » tourbillons, la rivière est tourbillon(s).