Je refuse l’IA (« There’s No Alternative »)

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une tribune ou une objection de conscience ne vienne dresser le procès de l’intelligence artificielle générative, et ce qui frappe est moins le nombre de ces textes que la diversité de ceux qui les signent. En février 2025, à la veille du sommet de Paris, la coalition Hiatus (Coalition Hiatus, manifeste fondateur, 7 févr. 2025) rassemblait sous un même manifeste des organisations que rien n’avait jamais réunies, de La Quadrature du Net à l’Atelier Paysan, pour résister à ce qu’elle nomme l’IA et son monde. En novembre de la même année, l’Atelier d’écologie politique de Toulouse appelait les enseignants et les chercheurs à une objection de conscience pure et simple, jugeant le déploiement des IA génératives incompatible avec les valeurs de rationalité et d’humanisme qu’ils sont censés transmettre. En juin 2026, cent cinquante artistes et écrivains, parmi lesquels Annie Ernaux, Hervé Le Tellier et Enki Bilal, signaient dans Le Monde (Tribune de boycott, Le Monde, 18 juin 2026) un appel au boycott qui condamnait un projet de société fondé sur la marginalisation de l’être humain et la destruction de notre milieu de vie. On pourrait remonter plus loin, jusqu’aux illustrateurs qui, dès décembre 2022, saturaient ArtStation de la même vignette de refus, et la liste s’allonge chaque mois sans qu’aucun de ces textes ne se ressemble tout à fait.

Je ne vais pas feindre de trouver ces craintes exagérées, car elles ne le sont pas. L’Agence internationale de l’énergie (IEA, Energy and AI [2025]) établit que les centres de données consommaient environ 415 térawattheures en 2024, près de 1,5 % de l’électricité mondiale, et que ce chiffre doublera d’ici 2030 pour dépasser la consommation électrique du Japon, la part liée à l’IA ayant bondi de moitié pour la seule année 2025. On sait aussi, depuis l’enquête de TIME de janvier 2023, que la fabrication de ChatGPT a reposé sur des ouvriers kényans payés entre un et deux dollars de l’heure pour trier, à longueur de journée, des descriptions de tortures et d’abus, et je ne mets pas ces deux faits sur le même plan mais dans la même colonne, celle d’une accumulation qui use la terre et les vivants pour produire, tout au bout, ce que le dictionnaire a fini par baptiser slop.

Mais l’objection risque de se retourner contre ceux qu’elle prétend défendre, et c’est là que tout se complique. Relisons les textes du refus dans leur lettre plutôt que dans leur intention. L’appel du Monde réserve le boycott à ceux qui ne sont pas contraints d’utiliser ces outils. Le manifeste de l’Atecopol (Atecopol, « Face à l’IA générative, l’objection de conscience », 30 nov. 2025) promet de s’en abstenir, sauf contrainte expresse. Ces réserves sont d’une franchise que je trouve presque bouleversante, parce qu’elles inscrivent dans leur propre grammaire la ligne de partage qu’elles voudraient dominer, et le refus n’appartient qu’à qui a les moyens de refuser. Le plus probable, et c’est déjà en train d’arriver, c’est qu’une minorité qui a le loisir de s’en passer se retire, tandis que la masse de ceux que leur travail ou leur administration y oblige devra s’en servir sans qu’on leur ait jamais proposé le moindre autre usage ; faute d’avoir élaboré ces contre-usages, parce qu’on aura décrété la chose mauvaise en soi, on aura livré cette masse aux plateformes, qui ne demandaient rien de mieux qu’on leur laisse le terrain.

Mark Fisher avait donné un nom à ce cercle où l’on ne parvient plus à imaginer d’issue au capitalisme au point d’en faire une seconde nature, et son diagnostic a ceci de vertigineux qu’il s’applique à la critique elle-même, pas seulement à ce qu’elle critique. Le réalisme capitaliste, tel qu’il le décrit, ne fonctionne pas en empêchant qu’on s’y oppose ; il fonctionne en absorbant l’opposition dans la seule forme qu’elle peut encore prendre, celle du refus intégral, et c’est cette absorption qui devrait nous alerter davantage que la sévérité du diagnostic. Car si l’unique alternative pensable à la captation de l’IA par le capital est de s’en retirer, alors le réalisme capitaliste n’a pas seulement gagné sur le terrain de la technologie, il a gagné sur celui de l’imagination politique elle-même, en ne laissant subsister qu’un dehors fantasmé et un dedans qu’on subit. Le boycott, dans cette configuration, ne dément pas l’absence d’alternative que Fisher décrivait, il la confirme sous une forme éthique : n’ayant plus la ressource d’imaginer une appropriation collective de l’outil, on se replie sur l’option qui ne coûte rien à la structure, celle de quelques-uns qui s’en écartent pendant que les autres, faute de contre-usages qu’on aurait pris la peine d’inventer pour eux, continuent d’y être happés sans recours. C’est un renoncement qui a toutes les apparences de la radicalité, puisqu’il refuse en bloc, mais qui laisse intact ce qu’il prétend combattre, exactement comme le consommateur éthique dont parlait Fisher pense s’extraire du marché en choisissant le bon produit alors qu’il ne fait que lui offrir un supplément de légitimité. La critique essentialisante de l’IA, en ce sens précis, ne s’oppose pas au réalisme capitaliste, elle en est l’une des formes contemporaines les plus abouties, puisqu’elle a réussi à faire passer pour de la résistance ce qui n’est, au fond, que l’aveu qu’aucune appropriation n’est plus concevable, et ce sont les deux têtes du même refus de choisir qui reviennent plus loin, celle d’un dehors qu’on rêve de rejoindre en fuyant la technique et celle d’un dehors qu’on rêve de rejoindre en fuyant la planète.

La forme la plus rigoureuse de ce refus a d’ailleurs été écrite récemment, et elle mérite qu’on la lise dans son détail plutôt que dans son slogan. Romaric Godin, dans Mediapart (Romaric Godin, « Pourquoi les appels à la régulation de l’IA sont une illusion dangereuse », Mediapart, 20 juin 2026
)
, part d’un constat exact : les appels à une IA raisonnable se sont multipliés, l’encyclique du pape Léon XIV et une déclaration signée par plus de deux mille mathématiciens, et une étude du MIT réunissant près de trois cents experts a fini par classer les périls en cinq catégories, des capacités dangereuses jusqu’à la course concurrentielle qui centralise le pouvoir. Godin ne conteste aucun de ces diagnostics. Il leur reproche autre chose, qui est bien plus grave à ses yeux : celui de croire qu’on pourrait séparer l’IA de la société qui la produit, comme s’il existait une version corrigible du même objet. Sa thèse, dépouillée de ses exemples, tient en une phrase que je trouve d’une netteté rare, celle d’une technologie qui ne serait pas un progrès humain détourné mais un progrès du capital depuis le début, de sorte que vouloir la réguler reviendrait à croire encore que la croissance peut produire du bonheur. De là découle sa conclusion, qu’on ne régule pas ce qui est par nature destructeur, on le combat.

Je prends cet argument au sérieux précisément parce qu’il ne cède rien, et c’est en le suivant jusqu’à son terme que je crois voir où il se referme sur lui-même. Poser que la technologie est mauvaise par principe, ce n’est pas seulement une position politique, c’est un geste métaphysique qui transforme en essence ce qui reste une contingence, celle de sa capture par le capital et par ce qui, en lui, penche vers le pire. Rien dans l’architecture d’un modèle de langage ne le vouait à l’extraction publicitaire, au pillage des œuvres, à la surveillance ; ce sont des décisions et des rapports de force, aucun n’est gravé dans le silicium comme un sort, et Godin lui-même le sait bien puisqu’il ne dit jamais que l’IA nuit par ses capacités mais par la société qui la façonne. Mais s’il le sait, pourquoi conclut-il au combat plutôt qu’à la bataille pour une autre fabrication ? Parce qu’il n’y a, dans son texte, aucun espace laissé à l’hypothèse d’un usage qui échapperait à la logique qu’il décrit, et c’est cette absence, plus que le diagnostic, qui mérite d’être interrogée. Refuser de réguler ce qui n’est pas fatal revient à traiter comme fatale la seule chose qui reste, en réalité, à trancher : la nocivité elle-même. Et c’est ici que le texte de Mediapart, dans sa cohérence même, rejoint sans le vouloir ceux qu’il combat, les accélérationnistes pour qui la technique a aussi une nature déjà écrite, sauf qu’elle serait bonne plutôt que mauvaise. Les deux camps s’accordent sur l’essentiel, qui est de ne plus avoir à se demander qui décide de ce que la technique devient. L’Atecopol s’approche de cette lucidité quand il refuse l’argument de l’inéluctable, mais il ne va pas jusqu’au bout, car si le déploiement n’a rien de fatal, la nocivité non plus n’a rien d’une essence.

Je voudrais donc retourner la question comme un gant, non pour la résoudre d’un mot mais pour déplacer l’endroit d’où elle se pose. Et si l’IA n’était pas une nécessité mais un hub, au sens où l’entend la théorie des réseaux plutôt qu’au sens spatial du carrefour, c’est-à-dire un nœud dont la connectivité disproportionnée organise autour de lui des lignes qui, ailleurs, resteraient étrangères les unes aux autres. Un hub ne se contente pas de faire passer ce qui le traverse, il redistribue la structure entière du réseau selon sa propre position, de sorte que retirer le nœud ne fait pas disparaître les connexions, il les force à se réorganiser ailleurs, souvent de façon moins visible et moins gouvernable. C’est exactement ce que je crois observer dans l’IA générative : elle a ramassé en un seul dispositif des lignes qui couraient jusqu’ici séparément, le rapport aux œuvres et celui à la mémoire de ses morts, la question du travail et celle de l’attention, la fabrication des images et celle des récits, et cette concentration n’est pas un effet secondaire de la technologie, elle en est la fonction structurante. Se retirer du hub, croyant s’extraire du réseau, ne fait donc que déplacer ces lignes vers d’autres nœuds, moins visibles, où elles continueront de se croiser sans qu’on les regarde plus. Ce n’est pas que la sortie soit techniquement impossible, comme le voudrait un déterminisme grossier ; c’est qu’elle laisse le nœud continuer d’organiser le réseau à notre place, avec d’autant plus de force qu’on aura cessé d’y intervenir. Ce hub, plutôt que d’espérer le contourner, il faudrait l’occuper, au sens où l’on occupe une position stratégique, non pour s’y installer confortablement mais pour en travailler la fonction de redistribution elle-même, depuis l’intérieur des flux qui s’y croisent.

Vouloir sortir de la technologie est du reste la même chose, à l’envers, que le fantasme transhumaniste d’un départ vers Mars. Les deux rêvent d’un dehors intact, l’un une nature d’avant les machines, l’autre une planète neuve, et les deux prennent la fuite pour de la pensée. C’est pourquoi il devient urgent d’inventer d’autres pratiques de l’IA, qui ne soient pas un aménagement poli au bord d’un outil qu’on tiendrait par ailleurs pour néfaste. Une pratique qui touche aux modèles eux-mêmes et y fait apparaître ce que l’usage rentable recouvre.

Quand on demande une image à ces logiciels, ils proposent plusieurs états, et l’on est conduit vers le plus résolu, le plus lisse, celui qui ressemble le mieux à ce qu’on croyait vouloir. Depuis longtemps je fais l’inverse, je garde la version que l’optimisation jetterait, celle où le visage hésite, où la main se défait, où le modèle avoue qu’il ne sait pas ; je la réinjecte, je la laisse dériver, je travaille cette zone où le calcul commence à perdre pied. Rien de tout cela ne produit de valeur, aucune plateforme n’en tirerait un centime, et c’est précisément à cet endroit que quelque chose se passe : la dépense de temps y devient incalculable et l’optimisation n’a plus de prise, ce qui ne change rien à l’outil lui-même mais change entièrement ce qu’il devient entre mes mains. Ce déplacement n’est pas un supplément d’âme apporté à un dispositif qu’on tiendrait par ailleurs pour néfaste ; c’est une pratique qui produit son propre objet, distinct de celui que vend la plateforme, alors même qu’elle utilise le même calcul, et c’est bien cela, occuper le hub plutôt que le fuir ou s’y soumettre : travailler depuis l’intérieur du nœud la fonction qu’il exerce sur ce qui le traverse, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être univoque. On me rétorquera, non sans raison, que ce pas de côté reste minuscule face à l’immensité de l’infrastructure, et qu’opposer le grain d’une image hésitante aux fermes de serveurs qui consument le monde relève d’une candeur désarmante. Je concède sans peine la modestie de ma démarche à l’échelle macroéconomique : elle ne coupe aucun budget, ne ralentit aucun processeur, et laisse les profits s’accumuler ailleurs. Mais sa force est d’un autre ordre. Tant que nous abordons ces outils sous le seul angle de l’instrumentalité, qu’il s’agisse de s’en servir pour produire efficacement ou de s’interdire d’y toucher par vertu, nous acceptons le cadre que le réalisme capitaliste a fixé pour nous : celui d’une machine à exécuter des ordres. Or, basculer de l’instrumentalité vers l’expérimentation pure, c’est précisément gripper ce contrat de service. C’est le moment de bascule où le dispositif cesse d’être un prestataire de réponses standardisées pour redevenir un terrain de litige et d’invention. Si le système ne tient que par la docilité de nos usages et la prévisibilité de nos demandes, alors substituer la logique de l’atelier à celle du guichet n’est plus une simple coquetterie esthétique. C’est une rupture de dynamique qui, en cessant d’alimenter l’alignement attendu, fissure de l’intérieur la légitimité de son monopole.

Ce que cet exemple laisse entrevoir à l’échelle d’une image, l’art le porte plus loin, non par décoration mais parce qu’il est le seul régime où l’on peut travailler les causes et les effets de l’IA sans les soumettre au rendement. Là où la plateforme cherche un alignement unique, docile, reproductible, afin d’en extraire de la plus-value, l’expérimentation en fait proliférer d’innombrables, parallèles et turbulents, et rien ne garantit que cette prolifération reste confinée à l’atelier : elle peut aussi bien s’user contre les usages ordinaires et n’y rien changer, je n’ai pas de preuve du contraire, seulement le pari qu’une pratique qui refuse l’alignement quelque part finit par entamer la crédibilité de l’alignement partout. Lucrèce imaginait que les atomes, dans leur chute droite et sans histoire, déviaient soudain d’un écart infime, et que de cet écart naissaient les rencontres et le monde ; je ne sais pas si la métaphore tient au-delà de son élégance, mais c’est bien de cette déviation minuscule qu’il faut recommencer, de ce moment où la machine cesse de savoir déjà ce qu’on attend d’elle parce que nous commençons à nous y exposer et l’éprouver.


Not a week goes by without an op-ed or a conscientious objection coming forward to put generative artificial intelligence on trial, and what is striking is less the number of these texts than the diversity of those who sign them. In February 2025, on the eve of the Paris summit, the Hiatus coalition (Hiatus Coalition, founding manifesto, Feb. 7, 2025) brought together under a single manifesto organizations that nothing had ever united, from La Quadrature du Net to l’Atelier Paysan, to resist what it calls AI and its world. In November of the same year, the Toulouse Political Ecology Workshop called on teachers and researchers to enter into a pure and simple conscientious objection, deeming the deployment of generative AIs incompatible with the values of rationality and humanism they are supposed to transmit. In June 2026, one hundred and fifty artists and writers, including Annie Ernaux, Hervé Le Tellier, and Enki Bilal, signed a boycott appeal in Le Monde (Boycott op-ed, Le Monde, June 18, 2026) condemning a societal project based on the marginalization of the human being and the destruction of our living environment. One could go back further, to the illustrators who, as early as December 2022, saturated ArtStation with the same thumbnail of rejection, and the list grows longer every month without any of these texts looking exactly alike.

I am not going to pretend to find these fears exaggerated, because they are not. The International Energy Agency (IEA, Energy and AI [2025]) establishes that data centers consumed around 415 terawatt-hours in 2024, nearly 1.5% of global electricity, and that this figure will double by 2030 to surpass the electricity consumption of Japan, with the share linked to AI having jumped by half in the year 2025 alone. We also know, since the TIME investigation of January 2023, that the making of ChatGPT relied on Kenyan workers paid between one and two dollars an hour to sort through descriptions of torture and abuse all day long, and I do not place these two facts on the same level but in the same column, that of an accumulation that wears down the earth and the living to produce, at the very end, what the dictionary has ended up naming slop.

But objection risks turning against those it claims to defend, and that is where everything gets complicated. Let us reread the texts of rejection in their letter rather than in their intention. The Le Monde appeal reserves the boycott for those who are not forced to use these tools. The Atecopol manifesto (Atecopol, “Face à l’IA générative, l’objection de conscience”, Nov. 30, 2025) promises to abstain from it, except under express constraint. These reservations possess a frankness that I find almost deeply moving, because they write into their own grammar the dividing line they would wish to dominate, and rejection belongs only to those who have the means to reject. What is most likely, and it is already happening, is that a minority who has the leisure to do without it will withdraw, while the mass of those whom their work or administration forces to do so will have to use it without ever having been offered the slightest alternative use; for lack of having developed these counter-uses, because the thing will have been decreed bad in itself, we will have delivered this mass to the platforms, which asked for nothing better than to be left the field.

Mark Fisher had given a name to this circle where one can no longer manage to imagine an alternative to capitalism to the point of making it a second nature, and his diagnosis has something dizzying about it in that it applies to the critique itself, not just to what it critiques. Capitalist realism, as he describes it, does not function by preventing people from opposing it; it functions by absorbing opposition into the only form it can still take, that of integral rejection, and it is this absorption that should alert us more than the severity of the diagnosis. For if the only thinkable alternative to the capture of AI by capital is to withdraw from it, then capitalist realism has not only won on the terrain of technology, it has won on that of the political imagination itself, leaving only a fantasized outside and an inside that one endures. The boycott, in this configuration, does not belie the absence of an alternative that Fisher described, it confirms it in an ethical form: no longer having the resource to imagine a collective appropriation of the tool, we fall back on the option that costs the structure nothing, that of a few who step aside while the others, for lack of counter-uses that we would have taken the trouble to invent for them, continue to be caught up in it without recourse. It is a renunciation that has all the appearances of radicalism, since it rejects en masse, but which leaves intact what it claims to fight, exactly like the ethical consumer Fisher spoke of thinks they are extracting themselves from the market by choosing the right product when they are merely offering it an extra layer of legitimacy. The essentializing critique of AI, in this precise sense, does not oppose capitalist realism, it is one of its most accomplished contemporary forms, since it has succeeded in passing off as resistance what is, fundamentally, only the admission that no appropriation is conceivable anymore, and it is the two heads of the same refusal to choose that return further on, that of an outside we dream of reaching by fleeing technique and that of an outside we dream of reaching by fleeing the planet.

The most rigorous form of this rejection was moreover written recently, and it deserves to be read in its detail rather than in its slogan. Romaric Godin, in Mediapart (Romaric Godin, “Pourquoi les appels à la régulation de l’IA sont une illusion dangereuse”, Mediapart, June 20, 2026), starts from an accurate observation: calls for a reasonable AI have multiplied, the encyclical of Pope Leo XIV and a declaration signed by more than two thousand mathematicians, and a MIT study bringing together nearly three hundred experts ended up classifying the perils into five categories, from dangerous capabilities to the competitive race that centralizes power. Godin does not dispute any of these diagnoses. He reproaches them for something else, which is much more serious in his eyes: that of believing that we could separate AI from the society that produces it, as if there existed a correctable version of the same object. His thesis, stripped of its examples, holds in a single sentence that I find of a rare clarity, that of a technology that would not be a hijacked human progress but a progress of capital from the very beginning, so that wanting to regulate it would amount to still believing that growth can produce happiness. From this flows his conclusion, that one does not regulate what is by nature destructive, one fights it.

I take this argument seriously precisely because it concedes nothing, and it is by following it to its conclusion that I believe I see where it closes in on itself. Positing that technology is bad on principle is not just a political position, it is a metaphysical gesture that transforms into an essence what remains a contingency, that of its capture by capital and by what, within it, leans toward the worst. Nothing in the architecture of a language model destines it to advertising extraction, to the plundering of works, to surveillance; these are decisions and power relations, none is engraved in silicon like a spell, and Godin himself knows this well since he never says that AI harms through its capabilities but through the society that shapes it. But if he knows it, why does he conclude with combat rather than with the battle for a different manufacturing? Because there is, in his text, no space left for the hypothesis of a use that would escape the logic he describes, and it is this absence, more than the diagnosis, that deserves to be questioned. Refusing to regulate what is not fatal amounts to treating as fatal the only thing that remains, in reality, to be decided: the harmfulness itself. And it is here that the Mediapart text, in its very consistency, unintentionally joins those it fights, the accelerationists for whom technique also has a nature already written, except that it would be good rather than bad. Both camps agree on the essential, which is to no longer have to ask who decides what technique becomes. Atecopol approaches this lucidity when it rejects the argument of the inevitable, but it does not go all the way, because if deployment is in no way fatal, harmfulness is in no way an essence either.

I would therefore like to turn the question inside out like a glove, not to resolve it with a word but to shift the place from which it is posed. What if AI were not a necessity but a hub, in the sense understood by network theory rather than the spatial sense of a crossroads, that is to say a node whose disproportionate connectivity organizes around itself lines that, elsewhere, would remain foreign to one another. A hub does not content itself with passing through what crosses it, it redistributes the entire structure of the network according to its own position, so that removing the node does not make the connections disappear, it forces them to reorganize elsewhere, often in a less visible and less governable way. This is exactly what I believe I observe in generative AI: it has gathered into a single device lines that until now ran separately, the relationship to works and that to the memory of one’s dead, the question of work and that of attention, the manufacturing of images and that of narratives, and this concentration is not a side effect of the technology, it is its structuring function. Withdrawing from the hub, believing one is extracting oneself from the network, therefore only shifts these lines toward other nodes, less visible, where they will continue to intersect without us looking at them anymore. It is not that exiting is technically impossible, as a crude determinism would have it; it is that it leaves the node to continue organizing the network in our place, with all the more force since we will have ceased to intervene in it. This hub, rather than hoping to bypass it, we should occupy it, in the sense that one occupies a strategic position, not to settle in comfortably but to work its function of redistribution itself, from the inside of the flows that cross there. Wanting to exit technology is moreover the same thing, in reverse, as the transhumanist fantasy of a departure for Mars. Both dream of an intact outside, the one a nature from before machines, the other a new planet, and both mistake flight for thought. That is why it becomes urgent to invent other practices of AI, which are not a polite arrangement at the edge of a tool that one would otherwise hold to be harmful. A practice that touches the models themselves and makes appear within them what profitable use covers up.

When one asks these programs for an image, they propose several states, and one is led toward the most resolved, the smoothest, the one that best resembles what one thought they wanted. For a long time I have done the opposite, I keep the version that optimization would throw away, the one where the face hesitates, where the hand comes undone, where the model confesses that it does not know; I reinject it, I let it drift, I work this zone where computation begins to lose its footing. None of this produces value, no platform would make a dime from it, and it is precisely at this spot that something happens: the expenditure of time there becomes incalculable and optimization no longer has a hold, which changes nothing about the tool itself but entirely changes what it becomes in my hands. This shift is not a supplement of soul brought to a device that one would otherwise hold to be harmful; it is a practice that produces its own object, distinct from the one sold by the platform, even while it uses the same computation, and that is indeed what it means to occupy the hub rather than fleeing it or submitting to it: working from the inside of the node the function it exercises on what passes through it, until it ceases to be unequivocal. I will be countered, not without reason, that this step aside remains minuscule faced with the immensity of the infrastructure, and that opposing the grain of a hesitating image to the server farms that consume the world stems from a disarming candor. I readily concede the modesty of my approach on a macroeconomic scale: it cuts no budget, slows down no processor, and leaves profits to accumulate elsewhere. But its strength is of another order. As long as we approach these tools solely from the angle of instrumentality, whether it is a matter of using them to produce efficiently or forbidding ourselves from touching them out of virtue, we accept the framework that capitalist realism has set for us: that of a machine for executing orders. Yet, shifting from instrumentality toward pure experimentation is precisely to jam this service contract. It is the tipping point where the device ceases to be a provider of standardized answers to become once again a terrain of litigation and invention. If the system only holds together through the docility of our uses and the predictability of our demands, then substituting the logic of the workshop for that of the counter is no longer a simple aesthetic whim. It is a rupture of dynamics which, by ceasing to feed the expected alignment, cracks the legitimacy of its monopoly from within.

What this example allows a glimpse of on the scale of an image, art carries further, not as decoration but because it is the only regime where one can work the causes and effects of AI without submitting them to yield. Where the platform seeks a unique, docile, reproducible alignment in order to extract surplus value from it, experimentation makes countless, parallel, and turbulent ones proliferate, and nothing guarantees that this proliferation remains confined to the workshop: it may just as well wear itself out against ordinary uses and change nothing in them, I have no proof of the contrary, only the wager that a practice which rejects alignment somewhere ends up denting the credibility of alignment everywhere. Lucretius imagined that atoms, in their straight and uneventful fall, suddenly deviated by a tiny swerve, and that from this swerve were born encounters and the world; I do not know if the metaphor holds beyond its elegance, but it is indeed from this minuscule deviation that we must begin again, from this moment when the machine ceases to already know what is expected of it because we begin to expose ourselves to it and experience it.