Humanism Fatigue

Performance à distance réalisée dans le cadre de « Écrans Dedans, dehors » reprenant le portrait de Mark Zuckerberg vieilli par une IA et le faisant parler en mêlant des articles sur la « zoom fatigue » et des fragments poursuivis par une IA des autres intervenants de ce colloque.

Remote performance realized within the framework of « Écrans Dedans, dehors » taking the portrait of Mark Zuckerberg aged by an AI and making him speak by mixing articles on the « zoom fatigue » and fragments pursued by an AI of the other speakers of this conference.

Ce colloque a pour but d’explorer aussi bien par la théorie qu’à travers une pratique artistique les modes d’expression ouverts par l’usage des interfaces de téléconférence et leur rapport à la viralité informationnelle. Il s’inscrit en cela dans la continuité du colloque “Confinement, viralité et formes de vie” qui s’est tenu les 26 et 27 novembre 2020 à la Générale et en ligne: http://www.virusland.org/colloque/

Alors que la performance artistique est traditionnellement associée à la constitution d’une co-présence de l’artiste et des spectateurs ou a même pour but d’accentuer de tels modes de co-présence, les interfaces de téléconférence traversent une distance spatiale qu’il n’est plus possible de vouloir effacer, et différents décalages temporels, au point même de le rappeler parfois dans leurs dysfonctionnements, à l’instar des Delay Rooms de Dan Graham. En effet, contrairement au fantasme de l’immédiateté d’un présent perpétuel que permettrait la diffusion en temps réel, les interfaces, dès lors qu’elles apparaissent dans l’espace phénoménologique, nous interdisent d’ignorer la différance et ses spectres. Comment pouvons-nous en jouer ?

D’autre part, ces interfaces modifient entièrement la position du locuteur ou de la locutrice vis-à-vis du matériel (filmique en particulier) sur lequel il ou elle peut s’appuyer. Au lieu d’avoir une position d’extériorité par rapport à des images qu’il ou elle commenterait, en ligne, le conférencier ou la conférencière se trouve apparaître sur le même plan, dans le même cadre : une voix off qui se superpose aux images, ou une vignette, une autre image, un gros plan sur un visage qui vient s’insérer à côté du film sans jamais en déborder le cadre (et il n’est sans doute pas fortuit que l’application la plus répandue ne soit autre que Zoom…). En en choisissant des extraits, en mettant de côté des images qui n’étaient pas destinées à s’assembler, le ou la conférencier.e monte un film et s’y insère lui-même ou elle-même. Il se passe pourtant quelque chose hors du cadre…

On pourrait dire que, sur Zoom comme dans l’analyse de Lacan, il n’y a pas de métalangage. Pourtant, ce n’est pas forcément la vérité qui parle. Une grande part des vidéos virales, des vidéos « complotistes », qui circulent sur les réseaux sociaux, relèvent d’un travail de montage analogue à celui-ci. Il s’agit souvent de « plans trouvés », remontés, auxquels se superpose une voix off qui en « spécifie » ou en transforme le sens. Ou bien ce sont des vues d’un intérieur, un espace intime soudain exposé aux regards, depuis lesquels parle l’internaute, comme le ou la conférencier.e, et d’où il ou elle présente le résultat d’une exploration numérique. Comment alors analyser ces transformations qu’implique la présence à l’écran ? Comment en jouer pour inventer de nouveaux modes d’expression, théoriques et artistiques, des décadrages pour ainsi dire ?

Le colloque lui-même aura lieu en mode hybride, avec la possibilité pour les intervenant.e.s de participer au colloque en « présence » ou à « distance ». Nous sollicitons aussi bien des exposés théoriques que des performances artistiques. Ou des interventions hybrides qui mettent en question cette dichotomie. Nous serions particulièrement intéressé.e.s par des interventions, qui proposeraient un dispositif original.