Un nouvel académisme

1236456_10201239328642997_764846546_n

Si le Pop art avait pris son parti de la multiplication à l’identique des images produites industriellement, nous sommes pris d’un sentiment nauséeux en parcourant les revues d’art, les sites internet dédiés à l’art et les publications d’autopromotion des artistes : ce sont les mêmes formes, les mêmes images, les mêmes couleurs. D’un pays à l’autre, d’un artiste à l’autre, les formes semblent circuler et se reproduire de plus en plus rapidement le long des réseaux. Tout se passe comme si le Pop art actuel ne se référait pas tant à la production des industries culturelles qu’aux images artistiques elles-mêmes devenues normatives non parce qu’elles seraient prescriptives, mais du simple fait de leur circulation proliférante.

On peut bien sûr s’amuser de ces tumultes réplicatifs, et analyser la manière dont les œuvres se reproduisent : images prises sur Internet, polygones, triangles, autoscopies en réseau, matières qui dégoulinent et qui se brisent, banques d’images. Que sais-je encore ? Mais cette fascination est quelque peu nihiliste, car ce qui se réalise par le biais de cette circulation répétitive c’est l’apparition d’un nouvel académisme à grande échelle dont le moteur est l’innovation : il faut pour les artistes saisir l’air du temps, être dans le vent, tenter de capter, c’est-à-dire de reproduire en toute innocence, ce que d’autres font parfois depuis des années. C’est aussi un certain manque de singularité et d’imaginaire (deux mots qui semblent parfois exclus du langage actuel), une faiblesse formelle, un conformisme pour tout dire.

Alors, comment intervenir dans ce champ saturé de formes sans pour autant retomber dans une naïveté qui sacraliserait l’art et le ferait revenir à une forme théologique ? Comment intervenir en prenant en compte ce contexte sans appartenir soi-même à l’académisme ? Ce nouvel académisme appartient à un régime de l’actualité et comme tel il passe aussi vite qu’il apparaît, il se rend de lui-même obsolète. Or, il y a une dimension proche de l’actualité, qui s’en différencie, et c’est le régime historique ou historial qui ne saurait se résumer à quelques anecdotes prises sur le vif. C’est cette historialité dont nous devons nous emparer par nos formes, le sentiment insondable d’une densité historique qui nous constitue de part en part.

One Comment

  1. Pingback: Une époque » Flux