The providers: fournisseurs de contenu

La vitesse à laquelle les internautes ont fournis du contenu aux différents sites de médias est étonnante. Youtube par exemple comporte des milliers de vidéo en sachant véhiculer une idéologie open (on ne sait plus très bien ce qui est open, mais on est dans cette atmosphère de pseudo partage qui mélange le logiciel libre, les API ouvertes, un semblant de communauté et de convivialité). Ces entreprises privées surfant sur la vague Web 2.0 captent des médias en nombre. Les internautes sont des fournisseurs, ils délèguent des fragments de mémoire aux disques durs sur les serveurs de ces entreprises.

Il ne faudrait pas voir en cela une démocratisation des médias, le passage de la télévision (peu d’émetteurs beaucoup de récepteurs) à Internet (le récepteur est potentiellement un émetteur), ce serait là une vision utopique et angélique. Il s’agit plutôt du déplacement des industries médiatiques du contenu vers le contenant, de l’adoption de l’idéologie orientée objet ou, pour le dire autrement, de l’âge de l’accès.
La question n’est plus de délivrer du contenu idéologique, de créer des programmes au sens audiovisuel du terme faisant circuler un certain message, mais de donner accès à la réflexivité du socius : »(Les médias que je vois sont fait par des gens comme moi, ces médias sont un miroir de ma propre activité, ils sont au même niveau que moi. Il faudrait analyser cette question au regard des reality shows car avec la mutualisation des médias il y à une transformation supplémentaire de la mimesis) »:.Le fait que certaines entreprises estiment que l’enjeu pour elles n’est plus de produire du contenu mais de fournir le contenant, que cette logique s’étend à présent aux médias classiques (voir le projet MTV flux dont le sous-titre est « welcome to your open source ») doit nous interroger sur ce qu’est aujourd’hui la représentation et l’idéologie.

Le ready made nous avait déjà alerté de la prévalence du contenant sur le contenu, car c’est dans le contenant que l’autorité s’élabore (autorité de validation, de circulation, de répétition). Les médias de masse adoptent aujourd’hui cette logique. Les médias importent peu, ce sont simplement des données. Ce qui compte c’est le médium, c’est-à-dire le support matériel permettant la rétention et la diffusion des données. Est-ce une généralisation de l’esthétique: »(On pourrait en effet penser que l’art moderne et contemporain n’a cessé de déplacer la problématique esthétique sur la question du médium. Que ce soit en rendant abstrait celui-ci ou en faisant du lieu d’exposition lui-même un médium, la production artistique devenant un intermédiaire plus qu’un élément autonome.) »:? Les images de demain seront celles tournées par des gens, vous, moi, des images sans importance, fragments sortis du flux d’une existence, séquence souvent drôle, parfois terrible de cette vie là, de ma vie là. Autre représentation et répétition entre l’image et l’esthétique, cette existence, celle que je vois, celle que je suis en même temps qui est toujours un temps anachronique, out of joint.