La perception du flux

Readymade et popart opéraient sur des plans différents, contexte et représentation, mais les deux qui ne sont pas si strictement séparés que leur dénomination, amenaient des objets préexistants dans le champ de la perception. Disant par là le changement radical de l’action artistique qui d’initiateur esthétique : »(L’artiste romantique est un voyant qui offre ses visions au peuple, cf Hugo) »: devenait médiateur esthétique, reprenant du donné pour le transformer, le détourner, le reconfigurer, ils répondaient à un univers industriel.

Si certains perpétuent ces pratiques qui ont considérablement perdues leurs pouvoirs de perturbation, d’autres tentent de penser l’esthétique post-industrielle dont les structures semblent beaucoup plus incertaines et insaisissables que celles industrielles. La répétition (des objets et des marques) n’est peut être plus un facteur aussi important que dans la période précédentes, cette répétition qui fascinaient tant nos aînés car ils y voyaient sans doute le principe d’une différenciation paradoxale faites de déclinaison et d’infimes différences: »(Question de la série dans les arts visuels) »:.

Le flux dans son tempo propre, quelque chose s’écoulant de façon continue, semble avoir remplacé la répétition. Des instances font des extractions sur ce flux, codent et décodent des fragments, les introduisent à nouveau dans le flux, ces fragments circulant à nouveau. Cette extraction, qui n’est pas une mise à distance mais qui se joue selon des degrés différentes d’autorités institutionnelles : »(Discussion entre Foucault et Deleuze) »:, fait qu’on ne saurait se placer hors du flux si de n’est par une réaction nostalgique, toute possibilité de codage et de décodage est dans le flux, le flux lui-même est le possible.

On nommera indifférence l’esthétique du flux. L’indifférence n’est pas le contraire de la différence, il en est la radicalisation, car il faut savoir entendre le mouvement d’indifférenciation, c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas d’avance indifférent de façon stable, mais qui s’indifférencie. Cette indifférence rend illusoire et naïf toute narration progressant dramatiquement selon des enchaînements de cause à effet, car ceux-ci oblitèrent les extractions dans le flux, ils créent un monde logique et clos régis par un ensemble de lois définies (la causalité, le déterminisme) et non des mondes possibles, configurables, selon des règles et des logiques variables.

L’indifférenciation doit être rattachée à la passibilité, c’est-à-dire à la faculté d’être ouvert à…, de se donner à…, de s’abandonner à… En ce sens, la notion d’interactivité n’est pas esthétique mais déterministe. Elle réintroduit du contrôle alors même que le flux s’écoulant toujours et encore : »(On ne décide pas d’ouvrir ou de fermer le robinet, même quand on ne voit pas le flux on le sait encore là, s’écoulant indépendamment de notre perception) »: devrait nous mener à penser une esthétique du lâcher prise, mais un lâcher qui n’oublie pas l’humour de son herméneutique, de la conscience de la conscience comme redoublement infini du sens intime.