Le portable : communication et enregistrement

L’utilisation de l’enregistrement photo et vidéographique à partir des téléphones portables marque la convergence entre une technologie de communication et une technologie d’enregistrement. Cette convergence, dont la possibilité était latente, devient un phénomène de masse qui marque l’articulation entre deux usages technologiques bien différenciés au cours de l’histoire.

On aura beau remarquer la massification de la photographie téléphonique, augmentant le flux d’informations disponible sur un événement quelconque (le 11 septembre 2001 en fut le paradigme et les attentats de Londres son extension), on aura pas pour autant compris le noeud entre portabilité communicationnelle (porter sur soi une parole s’adressant à un autre absent) et enregistrement (mémorisation d’une lumière fugitive dont le devenir est la disparition). En d’autres termes, le téléphone portable vidéo/photographique renferme la question de l’absence et de la présence, et la manière même dont nous configurons le monde.

Comment rendre présent un absent? En me rendant moi-même absent par le biais d’une voix désincarnée (d’où le besoin de dire où je suis « Je suis dans la rue » disent souvent les gens parlant au cellulaire). Comment sauvegarder le deuil d’un phénomène disparaisssant? En l’enregistrant, en le mémorisant, en le retenant sur un support matériel de mémoire.

Comprendre comment va s’articuler, et s’articule déjà, ces deux modalités de l’absence et de la présence, cette retenue qui permet la survivance de ce qui disparaît, est un des axes émergents de l’imaginaire. Comprendre comment la voix (la mienne, la tienne) va se confronter aux images enregistrées dans un ayant-été, est une façon de savoir comment notre corps et nos percepts vont découvrir le monde. Comprendre la signification de la notion de « portable » en tant que cette portabilité est à présent tout aussi bien communicationelle (je porte sur mon corps la possibilité de communiquer avec d’autres, le carnet d’adresses, le social network) que rétentionelle (je porte sur mon corps la possibilité même d’enregistrer ce qui advient et ce qui advient c’est toujours d’une certaine la mortalité du phénomène cf La mort en direct, cf La chambre claire), c’est tenter de savoir ce qui advient de nos vêtements, de nos peaux, de nos corps, ce qui advient quand « je porte » quelque chose. L’être humain pourrait-il se définir comme un porteur et quelle structure entraîne le fait de porter? Quel est le statut de celui qui porte et de ce qui est porté? Porter est peut-être un verbe intéressant pour comprendre le devenir technologique et offre des possibilités critiques plus grandes que l’instrumentalité anthropologique classique.

Littré:

1° Soutenir comme on soutient une charge, un faix.

2° Porter, en termes de manége.

3° Avoir dans son sein, en parlant des femmes et des femelles ; produire ; porter intérêt.

4° Transporter d’un lieu en un autre.

5° Soutenir, transporter quelque chose de pesant, en parlant des animaux.

6° Il se dit des nouvelles, des ordres qui sont transmis.

7° Avoir sur soi ou tenir à la main, sans égard à la pesanteur de l’objet.

8° Mettre sur soi pour servir à l’habillement, à la parure, à la défense.

9° Il se dit du maintien, de la contenance, des attitudes, des différentes manières de tenir son corps, sa tête, ses bras. Même sens, en parlant des animaux.

10° Aux jeux de cartes, avoir telle ou telle carte.

11° Il se dit des choses qui soutiennent comme on soutient un fardeau.

12° Porter de la voile, de la toile, en parlant d’un navire.

13° Porter bateau, en parlant d’une rivière.

14° Faire aller, diriger, conduire.

15° Porter le cap, porter à la route, en termes de marine.

16° Pousser, étendre.

17° Fig. Montrer, manifester.

18° Il se dit simplement pour avoir.

19° Fig. Porter quelqu’un à, le faire parvenir à.

20° Fig. Induire, exciter, pousser à, en parlant des personnes et des choses qui poussent, excitent.

21° Fig. Supporter, souffrir.

22° Porter le vin, en parlant des personnes ; porter l’eau, en parlant du vin.

23° Soumettre à une juridiction.

24° Porter une loi, un arrêt.

25° Inscrire.

26° Exprimer, déclarer.

27° Évaluer.

28° Causer, amener, entraîner avec soi, avec un nom de chose pour sujet.

29° Avoir telle ou telle dimension.

30° Comporter.

31° V. n. être soutenu, posé sur. Porter à faux. Un porte à faux.

32° Se dit de la glace qui est en état de soutenir les hommes, les voitures.

33° Avoir dans ses armes, en termes de blason.

34° Faire les commissions.

35° Atteindre, en parlant des armes de jet, des projectiles et de tout ce qu’on lance.

36° Parcourir une certaine étendue, en parlant du son, du regard.

37° Heurter, toucher.

38° Avancer vers, en termes de marine.

39° Porter, faire porter, en termes de couture.

40° Il se dit de quelque mal ou dommage.

41° Porter à la tête, en parlant de liqueur, d’odeur, de chaleur.

42° V. réfl. Se porter, être porté, soutenu comme un faix.

43° Aller, se transporter.

44° être porté comme vêtement.

45° Fig. Agir de telle ou telle façon.

46° Avoir disposition à, inclination pour.

47° Se porter bien, se porter mal.

48° Se présenter comme candidat.

49° Prendre une qualité et agir en conséquence.

50° S. m. Le porter.