La disparition d’Internet

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Sans doute devons-nous abandonner l’idée que le commencement était habité par la fin.

Le paradoxe des technologies et en particulier d’Internet, c’est que leur généralisation signe d’une certaine façon leur fin. C’est là une tension bien connue : quand une technologie est adoptée, elle disparaît dans son usage, sa singularité la distinguant d’autres modes d’existence semble se dissoudre d’elle-même.

Ainsi, le réseau a fait son temps. Internet fut le nom donné à une période déterminée dans laquelle se croisait des tendances différentes, le marché et le partage, le fait d’être seul sans être isolé, etc. À partir du moment où Internet est partout, le réseau sort du réseau, il s’excède et devient un paradigme pour aborder et configurer le monde. Le rôle de Google en la matière est déterminant tant son discours semble s’étendre à toutes les parcelles de réalité et déborder du commerce informationnel pour affecter le commerce matériel.

Sans doute cette « fin » d’Internet est-elle un symptôme faisant signe vers quelque chose de structurel : la relation étroite et problématique entre l’ontologique et le technologique. Il est difficile de définir avec précision le destin entre les deux parce que la fin ne boucle pas sur l’origine. Mais si, comme nous le pensons, le technologique détermine en un sens élevé l’ontologique, et non pas seulement la conception que se fait l’être humain du monde environnant et qu’il utilise, alors ceci veut dire que l’un n’est pas l’artificiel du naturel de l’autre. L’excès technologique est pour ainsi inscrit dans le génome même de la réalité.

Déterminer les modalités précises de cette inscription et sa temporalité changeante, c’est sans doute comprendre comment il n’y a pas de rupture technique, mais un flux de changements techniques qui exige de l’être humain une adaptation constante : mutabilité. On pourrait interpréter cela comme étant que le changement est une remise en ordre, sans que l’ordre ne préexiste, fut-ce à titre de puissance, à l’acte du changement. Le technologique de l’ontologique, c’est l’être sans l’étant.

Internet a donc disparu, non pas parce que quelque chose l’a remplacé. Internet a disparu en soi, comme un monde qui se dérobe et que rien ne vient remplacer : la solitude sans l’absence.