Le bruit de fond du monde-réseau

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La plupart du temps nous ne faisons rien sur Internet, rien de particulier. Nous y restons, nous regardons à peine notre fenêtre. Nous travaillons, plus ou moins. Mais il nous la faut cette fenêtre flottante. Elle constitue un bruit de fond, twitter et facebook, nuées d’informations de toutes sortes, comme si par elle nous restions liés au monde.

Sans doute faudrait-il reprendre ici le fil conducteur de l’analyse qu’Heidegger a mené sur le monde ambiant (Umwelt) et l’associer à ces nouveaux bruits que sont ceux du réseau, pour comprendre combien cet arrière-plan la plupart du temps silencieux, mais d’un silence qui gronde, structure de part en part notre être-au-monde, notre relation à autrui et notre subjectivation. Il faut comprendre ce qu’il y a de si indispensable dans ce « rien » du réseau, car lorsque le réseau s’arrête nous paniquons comme si brutalement toute notre solitude remontait à la surface, solitude sur laquelle nous flottions avec l’aide du bruit de fond du réseau.

Par cette fenêtre nous n’accédons que rarement à des informations importantes, nous accédons plutôt à l’indétermination du monde : dans la rue, nous croisons des anonymes, nous entendons des conversations dont nous ne comprenons que des brides, nous voyons des situations nous nous ne saisissons ni les tenants ni les aboutissants, et pourtant cette marche urbaine est indispensable en ce qu’elle est constitutive d’un rapport ontique et indéterminé. Il faut que ce soit flottant pour que nous puissions prendre place, n’importe quelle place et qu’ainsi une contrée libre s’ouvre : le possible. L’indétermination de ce monde n’est donc pas une lacune, elle est un flottement dont notre système perceptif a radicalement besoin pour s’orienter sans repère dans ce qui vient et qui est encore inconnu.