L’art comme parallélisme entre la finitude et les limites

Nous regardons les lignes dessinées sur les parois de la grotte de Chauvet et nous ressentons une proximité qui semble dépasser les limites du temps. Ce qui nous touche dans ces dessins c’est la relation entre simplification et expression : avec peu de moyens nous percevons une dynamique bien réelle. Cette relation est fondée sur l’étrange parallélisme entre les limites techniques et la finitude de l’être humain qui trouvent, l’une dans l’autre, un écho problématique.

Cette finitude n’est pas seulement la mortalité mais aussi l’inadéquation de l’organisme humain dont les capacités perceptives sont limitées et qui obligent à développer un appareil cognitif qui, partant de cette défiscience, synthétise, simplifie, généralise. La finitude perceptive est la condition de possibilité du développement neurologique et de la relation singulière de l’être humain au dit « réel ». La transformation du monde commence dès l’intuition perceptive et se répand de proche en proche à chaque étape de la schématisation et de la conceptualisation.

Notre finitude rencontre le caractère limité de la technique qui, en tant que matière formée, ne permet pas de tout faire. Une matière écrasée sur une grotte, la rencontre entre ces deux surfaces ne permet pas de dessiner ce qu’on a à l’esprit. Il faut que l’esprit s’adapte à la rugosité de la pierre et trouve l’espace de jeu entre sa main, ce qu’elle tient et ce sur quoi elle tente de laisser des traces. Ce jeu est une dextérité mais qui n’est pas fondée sur des capacités supérieures du genre anthropologique mais sur sa défiscience. Tout se passe alors comme si celle-ci rencontrait et communiquait avec les limites de la technique et trouvait en elle la forme de sa dynamique.

La finitude amorce alors le mouvement vers un ailleurs, vers une seconde Terre, un mouvement jamais terminé parce qu’il porte la genèse de son amorce, la relation entre notre finitude organique et nos limites techniques. Chacune à leurs façons, elles témoignent d’une rencontre avec une extériorité.