L’équivalence

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Le capitalisme opère en créant une valeur d’équivalence généralisée dont rien ne semble pouvoir s’échapper.Dans ce cadre la transgression (Bataille) ne fait qu’instituer une limite qu’elle tente de déplacer. Le capitalisme place sur le même plan des objets et des phénomènes hétérogènes en permettant leur échange par une valeur zéro, l’argent. Il occulte ainsi les différents et ne cesse de franchir les écarts.

Ce mécanisme a été analysé par Deleuze et Guattari dans l’Anti-Oepide et par Lyotard dans Capitalisme énergumène. Il importe à présent de s’interroger sur les conséquences d’une autre équivalence : le numérique. En effet, celui-ci rend bien équivalent parce que tout peut être numérisé, même si tout n’est pas à l’origine numérique. Le numérisé devient tra(ns)ductible. Puisque tout est appréhendé sur une base binaire de 0 et 1, on peut aisément traduire ces chiffres en d’autres chiffres, une chose numérisée en autre chose. Cette traduction n’est pas sémantique mais formelle. Elle garde les traces d’une structure hors-sens. On peut s’interroger sur la nature de cette structure transductive (Simondon).

L’argent est une équivalence fondée sur la valeur à partir d’un point zéro. Le numérique est une équivalence sans valeur fondée sur la fluidité intégrale. L’articulation entre le capitalisme économique et le capitalisme numérique signale l’autonomisation de l’équivalence sur la valeur et son abstraction formelle. Si dans le premier capitalisme, la valeur n’affecte que l’échange des objets, leurs manières de circuler et de nous toucher (consumérisme), le second capitalisme affecte les objets eux-mêmes, parce que la numérisation n’est pas simplement une procédure qui vient après-coup, elle peut être la source même d’une nouvelle production d’objets et de phénomèmes. C’est particulièrement le cas dans les biotechnologies où la « découverte » de l’ADN est aussi la « création » de nouvelles possibilités, parce que l’épistémé numérique permet une traduction et une transduction, bref une mutabilité de ce qui est envisagée. Cette mutabilité est la source d’une anxiété que le capitalisme contemporain tente de limiter par la mobilisation constante de l’attention des individus sur le réseau tout en l’alimentant.

Le numérique, en tant que numérisation, traitement, production, est un « change » de l’équivalence.