Le dépeuplement de l’espace latent / The depopulation of latent space

“Un corps par mètre carré soit un total de deux cents corps chiffre rond. Parents proches et lointains ou amis plus ou moins beaucoup en principe se connaissent. L’identification est rendue difficile par la presse et l’obscurité. Vus sous un certain angle ces corps sont de quatre sortes. Premièrement ceux qui circulent sans arrêt. Deuxièmement ceux qui s’arrêtent quelquefois. Troisièmement ceux qui à moins d’en être chassés ne quittent jamais la place qu’ils ont conquise et chassés se jettent sur la première de libre pour s’y immobiliser de nouveau. […] Quatrièmement ceux qui ne cherchent pas ou non-chercheurs assis pour la plupart contre le mur dans l’attitude qui arracha à Dante un de ses rares pâles sourires.”
Samuel Beckett, Le Dépeupleur (1970)

Je distingue la génération d’images alternatives de celle d’images contrefactuelles. Les premières prennent des modèles larges et tentent, par des instructions textuelles, de produire des images. Elles restent statistiquement dans la moyenne d’un modèle général et le résultat a un goût prononcé de déjà-vu, de répétition et constitue une ultime étape de la référence kitsch. On peut citer comme exemple le pape en doudoune blanche. Cette manière de faire poursuit et intensifie les procédures postmodernes. Ces images s’insèrent dans le réalisme déjà connu et peuvent déboucher sur des memes.

Les secondes utilisent des stratégies d’instructions variables permettant de produire des séries d’images appartenant au même monde, mettent en relation les productions artificielles avec d’autres objets et médiums, et procèdent à des fine-tuning sur des styles, des concepts et des objets pour peupler l’espace latent de nouvelles entités. Par là, ces entités supplémentaires dépeuplent le modèle général dont la pondération statistique diminue, pour en privilégier d’autres tout en gardant le tissu d’une cohérence mondaine par corrélation entre un thésaurus et des pixels.

Dans un espace latent statistique, le paradoxe réside dans le fait qu’un peuplement dépeuple la probabilité des entités déjà existantes. On ne commence pas par un espace vide, mais un espace plein, connoté, moyen et kitsch pour progressivement réduire ses probabilités par peuplements successifs.

C’est en « vidant », par ajout, l’espace latent et en s’éloignant de la fascination pour l’image isolée (où le prompt s’apparente à une expression télépathique) grâce à la mise en série d’images qu’il devient possible de créer de nouveaux réalismes du possible. Ces images appartiennent au régime du possible, elles produisent des réalismes contrefactuels qui n’ont pas besoin de s’insérer dans le réalisme déjà constitué à la différence des images alternatives qui appartiennent au régime du virtuel.


“One body per square metre, a total of two hundred bodies. Close and distant relatives or friends, more or less many of them know each other. Identification is made difficult by the press and the obscurity. Seen from a certain angle, these bodies are of four kinds. Firstly, those that circulate non-stop. Secondly, those that sometimes stop. Thirdly, those which, unless driven away, never leave the place they have conquered, and which, when driven away, throw themselves on the first free place to come to a standstill again. […] Fourthly, those who do not seek, or non-seekers, sitting for the most part against the wall in the attitude that drew one of Dante’s rare pale smiles.”
Samuel Beckett, The Depopulator (1970)

I distinguish between the generation of alternative images and counterfactual images. The former take broad models and attempt, through textual instructions, to produce images. They remain statistically within the average of a general model, and the result has a pronounced taste of déjà-vu, of repetition, and constitutes a final stage of kitsch reference. One example is the Pope in a white down jacket. This approach continues and intensifies postmodern procedures. These images are part of the realism we already know and can lead to memes.

The latter use variable instruction strategies to produce series of images belonging to the same world, relate artificial productions to other objects and media, and fine-tune styles, concepts and objects to populate the latent space with new entities. In so doing, these additional entities depopulate the general model, whose statistical weighting diminishes, in favor of others, while maintaining the fabric of a worldly coherence through correlation between a thesaurus and pixels.

In a statistical latent space, the paradox lies in the fact that a settlement depopulates the probability of already existing entities. We don’t start with an empty space, but with a full, connotative, average and kitschy space, gradually reducing its probabilities through successive settlements.

It’s by “emptying” latent space through addition, and moving away from the fascination with the isolated image (where the prompt is akin to telepathic expression) through the serialization of images, that it becomes possible to create new realms of the possible. These images belong to the regime of the possible, producing counterfactual realisms that do not need to be inserted into the already constituted realism, unlike alternative images, which belong to the regime of the virtual.