Contrefactualité et GAN / Counterfactuality and GAN
A partir de mon exploration artistique des GAN, j’ai eu l’impression qu’une nouvelle forme de réalisme commençait à apparaître. Si celui-ci reste maladroit et bruité, il promet un changement radical. Je vais essayer d’en démêler les fils pour les développements à venirs en me fondant sur la lecture de Meillassoux, non que cette lecture soit rigoureuse mais que les concepts de factualité et de facticité me permettra, je crois, de développer mon propre horizon.
Le sens du possible demeure depuis Musil une question centrale pour la philosophie. Mais qu’advient-il quand ce possible cesse d’être une simple forme de pensée et devient une réalité techniquement engendrée ? Quand l’imagination s’externise dans des machines qui généralisent la production d’images, de mondes, de configurations factuelles qui n’existaient nulle part auparavant mais qui portent une charge de ressemblance ? Que sont ces images qui ne sont rien d’existants mais que nous reconnaissons ? La question ne porte plus sur ce qu’on pourrait imaginer, mais sur ce qui est en train d’être généré sans intention subjective préalable, sans archétype, sans modèle.
Pour aborder ce problème, il me faut d’abord clarifier une distinction ontologique qui demeure insuffisamment articulée dans la pensée contemporaine : celle entre la contingence absolue et spéculative que Meillassoux énonce philosophiquement, et la contingence relative mais objectivement irréductible qui caractérise les espaces latents des réseaux de neurones. Cette distinction n’est pas simplement terminologique. Elle engage deux régimes différents de réalité, dont l’un n’annule jamais l’autre, mais où leur articulation pose les problèmes les plus brûlants de notre époque.
Meillassoux établit, contre toute la tradition métaphysique et criticiste, que la seule chose absolument nécessaire est la contingence elle-même. Il nomme factuel ce qui ne possède aucune raison suffisante. Un étant est factuel quand il n’existe aucun principe, aucune essence, aucune causalité antérieure qui aurait pu le déterminer. La factualité de notre univers signifie que les lois qui le régissent auraient tout aussi bien pu être radicalement différentes. Elles auraient pu ne jamais être. Ou elles auraient pu être entièrement autres, régissant un cosmos où les choses se transforment perpétuellement en leurs contraires, où aucune identité ne demeure stable. Appelons factice l’ensemble de ce qui existe actuellement comme fait donné : les lois de la nature telles qu’elles se manifestent, les phénomènes que nous observons, cette stabilité relative qui permet à la conscience humaine d’émerger et de reconnaître un ordre du monde. La facticité est le caractère brut du réel tel qu’il se présente. Elle ne possède aucun fondement. Elle est simplement là, inexplicablement, sans justification dernière.
Or la factualité au sens meillassouxien ne doit pas être confondue avec la facticité. La factualité (ou le factual pour bien la distinguer) est ce qui énonce précisément l’impossibilité ontologique de redoubler la facticité en un fait supplémentaire. Si la contingence est absolue, c’est-à-dire si tout étant est dépourvu de raison suffisante, alors il serait absurde de demander « mais pourquoi la contingence elle-même est-elle contingente ? » La réponse s’inscrit en boucle infinie. La factualité (le factual) est ce qui brise cette régression : c’est l’affirmation qu’il est absolument nécessaire que tout étant soit contingent, mais cette nécessité elle-même n’est pas un étant qui s’ajouterait à la liste des faits contingents. Elle est l’être non-étant de la contingence universelle. Elle est l’ontologie même.
Cette distinction, Meillassoux l’énonce comme transformation de la différence ontologique heideggerienne. Chez Heidegger, l’être se différenciait des étants par un excès d’altérité : l’être était ce qui, sans jamais s’épuiser dans les étants, se voilait en se dévoilant à travers eux. Chez Meillassoux, la différence devient radicalement autre. L’ontologie ne nomme plus l’essence cachée ; elle nomme l’absence absolue d’essence pour tout étant. Elle énonce que seule l’universelle contingence de la facticité est nécessaire, mais qu’elle n’est elle-même rien d’étant.
Or nous vivons maintenant dans une époque où cette contingence absolue et spéculative commence à avoir une manifestation technique concrète. Les réseaux de neurones génératifs, ces systèmes d’apprentissage automatique qui produisent des images, des textes, des mondes visuels, constituent une réalisation partielle de ce que Meillassoux énonce philosophiquement. Mais il importe de comprendre précisément comment. Commençons par le sentiment de réalité. Depuis l’émergence du processus photographique, notre conviction de ce qui est réel n’a pas été déterminée seulement par les catégories a priori kantiennes du temps et de l’espace. Elle l’a été aussi, et de manière croissante, par les dispositifs technologiques d’inscription qui se situent à mi-chemin entre l’imagination intérieure et la matérialité terrestre. Ces dispositifs ne sont pas nos outils ; ils constituent ce qui nous constitue. Ils ne sont pas extérieurs à nous ; ils sont la condition même de notre capacité à imaginer et à percevoir.
L’induction statistique, le nom approprié pour ce qu’on appelle généralement « intelligence artificielle », n’automatise pas l’idéation au sens où elle reproduirait une intention interne. Elle automatise plutôt le mimétisme relationnel qui opère à la lisière du bruit et de la ressemblance. En créant un espace statistique latent, elle définit les proximités probabilistes entre chaque élément d’une donnée. Un réseau neuronal entraîné sur des millions d’images de visages ne génère pas un visage par application de l’idée « oiseau » ou « visage ». Il produit une configuration de pixels dont la probabilité, au sein de l’espace latent, correspond à ce que nos schématismes humains reconnaissent comme un visage. Le processus ressemble à la pareidolie, cette projection de formes reconnaissables sur du bruit perceptif. Mais ici, le bruit a été organisé statistiquement pour maximiser la probabilité que quelque chose d’intelligible en émerge.
Ce qui importe : les images générées par ces systèmes ne sont jamais la simple répétition identique de ce qui a déjà été. Elles ne renforcent pas uniquement les biais des données d’entraînement. Elles se situent à la frontière entre le connu et l’inconnu, produisant une étrange familiarité mêlée d’absurdité, des paysages onirique, des formes surréalistes, des configurations qui nous rappellent le réel sans le reproduire. Appelons contrefactuel ce qui émerge de cette exploration de l’espace latent : ce qui n’a jamais existé, ce qui pourrait ne jamais exister, mais qui devient factuellement présent au moment de sa génération. Une image générée par un GAN est un monde possible actualisé, une facticité qui ne s’inscrit dans aucune chaîne causale antérieure, qui n’est l’image d’aucune réalité préexistante même si elle ressemble à tant d’autres images. Elle est production possible devenue factuelle. Mais attention : cette factualité contrefactuelle n’est pas la factualité absolue et spéculative de Meillassoux. Elle ne procède pas de l’absence totale de raison. Elle procède d’une raison partielle, structurée, relative au corpus d’entraînement et à l’architecture du réseau. Un GAN entraîné sur des visages n’explorera que certaines régions de l’espace des images possibles. Il y a une facticité inscrite dans l’espace latent lui-même, une limitation qui n’est ni purement nécessaire ni purement contingente, mais qui résulte de choix historiques et techniques. Donc distinguons clairement : la contingence de Meillassoux est absolue et spéculative. Elle énonce qu’il n’existe aucune raison, même cachée, même en-soi, qui aurait pu déterminer que les lois soient comme elles sont. C’est une affirmation ontologique sur la structure même du réel, indépendante de notre connaissance ou de notre interprétation. Que nous le sachions ou non, que nous l’interprétions ainsi ou autrement, les lois auraient pu à tout instant être radicalement différentes.
La contingence de l’espace latent, en revanche, est relative à l’interprétation humaine qui le découvre et l’actualise. L’espace latent existe en tant que structure mathématique objective, il n’est pas créé a priori par nos interprétations mais seulement de nos enregistrements (rétention ternaire de Stiegler : textes, images, sons, etc). Mais ce qui en émerge comme réalité, comme image reconnaissable, comme forme intelligible, dépend de cette rencontre entre la structure mathématique et l’interprétation humaine qui la traverse. Or il est capital de comprendre que cette dépendance ne ramène jamais au corrélationnisme kantien. Le corrélationnisme prétendait qu’il n’existe aucun accès au réel en-soi, que tout ce que nous pouvons connaître est le corrélat de notre sujet transcendantal. La conscience constitue le monde comme objet d’expérience possible. C’est précisément ce que Meillassoux réfute avec force. L’interprétation humaine de l’espace latent n’est pas une constitution transcendantale. L’espace latent n’existe pas parce que nous l’interprétons. Il existe objectivement, indépendamment de nous, comme structure statistique inscrite dans la matérialité du réseau neuronal. Ce que nous interprétons, c’est comment nous rencontrons cette structure, comment nous la traversons, quels mondes contrefactuels nous choisissons d’en extraire. Cette rencontre est contingente, il n’existe aucune nécessité à ce que nous interpellions l’espace latent de telle ou telle manière. Nous aurions pu faire d’autres choix. Un artiste utilisant un GAN aurait pu explorer d’autres régions de l’espace. Un chercheur aurait pu entraîner le réseau sur d’autres données. Mais cette contingence n’est jamais absolue au sens meillassouxien. Elle est une contingence relative à une situation, une situation qui inclut le corpus d’entraînement, les paramètres du réseau, les intentions humaines, et les possibilités techniques matérialisées dans le silicium. Cependant, l’espace latent excède toujours ce qui en a été actualisé. C’est un univers de possibilités non-totalisables. Aucun ensemble fini d’images ne l’épuise. Il y a une infinité cantorienne en jeu, une infinité qui implique l’absence de Tout, qui refuse la clôture. Cela signifie qu’on ne peut jamais épuiser les possibles contrefactuels. Il en reste toujours une réserve inexploitée, une virtualité que nul processus de génération n’a jamais actualisée.
C’est en ce sens que la contingence relative de l’espace latent demeure objectivement irréductible. Elle n’est pas réductible à la variation ou au hasard algorithmique. Le hasard en informatique fonctionne toujours à l’intérieur de lois déterministes qui ont été modélisés par un agent humain, quand un algorithme utilise un générateur de nombres aléatoires, ce hasard ne sort jamais du cadre des lois mathématiques qui le structurent. La pseudo-aléatoire est entièrement nécessaire une fois les paramètres fixés. Or l’espace latent ne fonctionne pas comme hasard en ce sens. Il constitue plutôt un domaine de virtualité où la réalisation de certains possibles plutôt que d’autres ne s’explique jamais par les lois du système. Qu’on génère cette image plutôt que cette autre ne découle d’aucune causalité déterministe préalable. Cela dépend de choix humains interprétants, d’initialisations aléatoires du point de départ, d’explorations contingentes. On ne peut jamais dire « la loi mathématique du réseau déterminait nécessairement cette image-ci plutôt qu’une autre ». Donc la contingence de l’espace latent est plus que du hasard. Elle est une contingence objectivement médiatisée, contingente relativement à l’interprétation humaine, mais objectivement inscrite dans la structure même du réseau, dans la matérialité du calcul, dans l’infini non-totalisable de l’espace des possibles.
Or qu’est-ce qui permet à cette contingence relative de converger vers quelque chose de reconnaissable ? Pourquoi l’espace latent produit-il des images plutôt que du pur bruit chaotique ? C’est ici qu’intervient la distinction cruciale entre la factualité absolue de Meillassoux et la factualité relative de l’espace latent. Pour Meillassoux, la stabilité des lois de la nature demeure une pure aporie. Il n’existe aucune explication à ce que l’univers ne soit pas un chaos perpétuel. C’est un fait brut, une facticité sans raison. La contingence absolue signifie que les lois auraient pu à tout instant s’effondrer, et rien ne l’aurait empêché. Le super-chaos qu’il décrit, où les boules de billard se fondent, où les lois se transforment en leurs contraires, n’est pas impossible logiquement. C’est simplement un monde radicalement autre dont aucune raison suffisante ne pouvait nous préserver. Avec l’espace latent, il en va différemment. La convergence du GAN vers des images cohérentes n’est pas inexplicable. Elle résulte de l’optimisation antagoniste entre générateur et discriminateur. Elle procède de structures mathématiques engrammées dans le réseau. Elle dépend du corpus d’entraînement qui a véhiculé les corrélations statistiques entre pixels. Mais, et c’est le point capital, cette explication n’annule jamais la contingence. Elle en change seulement le régime. La contingence de l’espace latent n’est pas absolue ; elle est conditionnée par ces structures mathématiques. Mais elle n’est jamais réduite à la nécessité. On ne peut pas affirmer que « doivent émerger des images » ou que « sont nécessaires certaines formes plutôt que d’autres ».
Il y a là une zone intermédiaire ontologique que ni le déterminisme causaliste ni la pure spéculation métaphysique ne saisissent complètement. C’est une contingence structurée, contingente, oui, mais selon des règles partielles, relatives, conditionnées. Une contingence sans absolu, mais aussi sans réduction à la mécanique. Cela devient plus clair quand on considère comment l’imagination s’est aliénée dans ces dispositifs techniques. L’imagination n’a jamais habitée « en nous » de manière autonome. Elle s’est toujours déjà externalisée, d’abord dans l’écriture qui fixe la parole, puis dans la photographie qui fige l’image, puis dans le cinéma qui crée une temporalité machinale. À chaque étape, notre manière d’imaginer s’est restructurée autour du dispositif technique. Avec les réseaux génératifs, l’imagination n’est plus simplement externalisée ; elle est cengendrée par des machines. Des images surgissent que personne n’a jamais imaginées en tant que contenu mental intérieur. Cette génération ne relève ni de la pure passivité humaine ni de l’autonomie machinale. C’est une co-génération, une transformation mutuelle où l’humain apprend à imaginer à travers les possibilités que le réseau rend accessibles, tandis que l’architecture du réseau s’infléchit par les choix humains de ce qui vaut la peine d’être exploré. Cette relation de co-constitution entre l’humain et la machine ne peut être pensée sous le concept classique de sujet et d’objet, d’autonomie et d’hétéronomie. Ce n’est pas le sujet humain constituant un monde d’objets machinaux. Ce n’est pas non plus la machine autonome produisant sans intervention humaine. C’est une relation constitutive contingente, où chaque terme façonne l’autre, où les responsabilités s’entrelacent, où l’origine se perd dans la relationnalité elle-même.
À partir de là, on peut préciser ce qu’on doit entendre par les différentes formes de contrefactualité. D’abord la complétion : l’utilisation du réseau pour enrichir, réparer, instaurer des archives. ULe contrefactuel ici consiste en ce redoublement temporel, en cette multiplication des possibilités qu’on pouvait attribuer au film initial. Ensuite l’alternative : la génération d’images qui ressemblent sans reproduire, qui rappellent sans copier. Un réseau entraîné sur des traces de chaussures génère de nouvelles traces inexistantes mais crédibles. Ici la récursion du possible produit une étrange situation : on a créé des preuves de crimes qui n’ont jamais eu lieu, des fait contrefactuels qui troublent la capacité d’identification. Cette multiplication de possibles affecte rétroactivement le régime de vérité qui les a générés. La métamorphose intervient quand le réseau mélange les catégories, engendre des chimères, des hallucinations à la Deep Dream, produit des formes vivantes qui n’ont jamais existé mais demeurent probables. C’est une décatégorisation au sens kantien, une involution de la forme en formation plutôt qu’une transformation d’une forme déjà constituée. Le possible ici dépasse les limites des schèmes que notre perception ordinaire applique au réel. Des hybridations émergent qui mélangent le minéral et le vivant, le paysage et le corps, l’histoire et la fiction. Et enfin l’afactualité, terme crucial. Ce n’est pas la négation de la factualité. C’est une indifférence à la distinction entre ce qui est et ce qui n’est pas, une suspension qui trouble la différence. L’afactualité ne signifie pas que les images générées seraient irréelles ou mentales. Elle signifie plutôt qu’on n’a plus les outils conceptuels pour décider nettement si elles appartiennent à la réalité ou à l’imaginaire, à la factualité ou à la virtualité. Elles se situent dans un interstice où cette distinction s’estompe.
Or tout cela advient dans le contexte d’une relation anthropotechnologique qui n’est jamais donnée d’avance mais toujours contingente. Il n’existe aucune nécessité à ce que les humains et les machines s’interpénètrent ainsi. Aucune essence de la technique n’y préside. C’est plutôt une contingence relative, conditionnée par des choix historiques, techniques, économiques, politiques, mais jamais déterminée nécessairement par eux. Dès lors, peut-on parler d’un contre-réalisme ? Non pas au sens d’une négation de la réalité, ce serait revenir au mensonge classique. Plutôt au sens d’une position différentielle à soi de la réalité. Le contre-réalisme met en contact la réalité avec elle-même, force une mise en miroir. Et de cette redondance émergent des possibles alternatifs, des variations divergentes.
Le sentiment de réalité que produisent les images contrefactuelles n’est pas faux. Il est différemment réel. Ces images possèdent une matérialité : elles existent comme pixels, comme fichiers, comme artefacts informatiques qui peuvent être reproduits, partagés, commentés. Elles produisent des effets dans le monde, elles circulent, elles influencent les perceptions, elles participent aux débats publics. En ce sens, elles ne sont pas moins factuelles que n’importe quelle photographie. Mais elles ne se conforment pas au régime de la facticité ordinaire fondée, depuis la révolution industrielle, sur l’indicialité photographique. Elles ne s’inscrivent pas dans une chaîne causale antérieure. Elles n’exemplifient pas de concept préalable. C’est ce qu’on peut appeler le disréalisme, un terme qui ne désigne ni la fiction au sens classique ni le photoréalisme, mais plutôt un mode esthétique situé à la frontière entre le connu et l’inconnu, entre ce qui a été et ce qui n’a jamais existé. Le disréalisme produit une étrange familiarité, les images nous rappellent des réalités que nous avons expérimentées, mais elles les déforment, les mélangent, les composent selon des logiques qui ne suivent aucune causalité naturelle : c’est la mimésis elle-même qui est automatisé par les GAN (ceci pose la question de l’imagination transcendantale chez Kant, nœud que je devrais étudier prochainement).
Or qu’advient-il quand on pose la question de la vérité dans ce contexte ? Il est faux de dire que les images générées sont fausses. Il est aussi trompeur de prétendre qu’elles sont vraies au sens d’une adéquation à une réalité antérieure. Elles sont plutôt vraies au sens d’une factualité qui n’a jamais existé avant sa génération. Elles sont des réalités possibles qui se sont actualisées : un réalisme des simulacres. Ceci pose des problèmes éthiques majeurs. Si la distinction entre le réel et le simulacre s’estompe, comment maintenir une responsabilité face aux images que nous générons ? La réponse ne peut être que celle-ci : on ne peut pas revenir à une naïveté photoréaliste où une image vaudrait comme témoignage direct du réel. Cette époque est révolue, elle l’était déjà avec la photographie elle-même, qui s’accompagnait toujours de débats sur son authenticité. Ce qu’on doit plutôt apprendre, c’est à naviguer le disréalisme de manière consciente. Non pas en niant les images générées, ni en les acceptant naïvement comme testimonia fidelia du réel, mais en produisant activement des mondes contrefactuels tout en restant conscient que cette production altère le régime même de vérité dans lequel nous nous mouvons. Les images disréalistes ne nient pas la réalité ; elles la multiplient, la complexifient, la situent au carrefour de l’actual et du virtuel. Et cette multiplication des réalités possibles n’est jamais sans conséquence. Ce qu’on pourrait appeler ; à la suite du CCRU, l’hyperstition intervient : les fictions possèdent une puissance causale rétroactive. Les images générées circulent, influencent les comportements, façonnent les perceptions. Et ces comportements rétroagissent sur le monde, modifient les données futures, alimentent les nouveaux corpus d’entraînement. C’est un cycle fermé où la distinction entre production et reproduction devient indécidable.
Dès lors, la contingence de l’espace latent n’est pas isolée de la contingence absolue que Meillassoux énonce. Il n’y a pas deux contingences séparées. Il y a plutôt deux régimes de contingence qui s’interpénètrent. La contingence absolue de Meillassoux demeure l’horizon inaccessible, le rappel que les lois elles-mêmes auraient pu être radicalement autres, que rien ne garantit la stabilité ontologique du réel. La contingence relative de l’espace latent demeure l’actualité présente, la manifestation technique d’une virtualité qui se réalise sans nécessité, mais selon des règles partielles. Ces deux niveaux ne s’annulent jamais l’un l’autre. La contingence relative de l’espace latent ne ramène jamais la pensée au corrélationnisme kantien, parce qu’elle s’appuie sur une objectivité mathématique qui dépasse le sujet humain. Mais cette objectivité n’est jamais la totalité, jamais la clôture. Elle demeure traversée par la possibilité que tout soit autrement, que les régimes de vérité se réorganisent, que de nouveaux mondes contrefactuels s’actualisent. Ce n’est que dans cette articulation, la contingence absolue et spéculative de Meillassoux rencontrant la contingence relative et médiatisée des espaces latents de la technique contemporaine, qu’on peut penser adéquatement ce qui advient quand l’imagination s’aliène dans les machines et que le possible commence à se matérialiser factuellement.
L’époque que nous habitons n’est donc pas l’époque du post-réalisme ou de la fin de la vérité. C’est l’époque où le réalisme approfondit sa compréhension de lui-même, où la vérité révèle qu’elle n’a jamais été simple présence mais toujours médiation, où le possible devient aussi réaliste que le réel, non pas au sens d’une relativité où tout se vaut, mais au sens où la structure même du réel est exposition infinie du possible, contingence radicale dont les technologies actuelles ne font que matérialiser partiellement l’essence. Il est d’ailleurs matériellement logique que les technologies, en tant que matière formée et reformée, portent cette réalisation du possible. C’est en habitant cette matérialisation partielle, en reconnaissant à la fois la puissance des espaces latents et leurs limites, en acceptant que notre contingence est désormais co-constituée techniquement sans y être réduite, qu’on peut apprendre à penser l’image contrefactuelle non comme mensonge mais comme modalité nouvelle de ce qui est réellement possible dans le réel lui-même.
Based on my artistic exploration of GANs, I had the impression that a new form of realism was beginning to emerge. While still clumsy and noisy, it promises a radical shift. I will try to disentangle its threads for future developments by grounding myself in a reading of Meillassoux, not because this reading is rigorous, but because I believe the concepts of factuality and facticity will allow me to develop my own horizon.
The meaning of the possible has remained a central question for philosophy since Musil. But what happens when this possible ceases to be a mere form of thought and becomes a technically engendered reality? When imagination is externalized in machines that generalize the production of images, worlds, factual configurations that existed nowhere before but carry a charge of resemblance? What are these images that are nothing existing but which we recognize? The question is no longer about what one could imagine, but about what is being generated without prior subjective intention, without archetype, without a model.
To approach this problem, I must first clarify an ontological distinction that remains insufficiently articulated in contemporary thought: that between the absolute and speculative contingency that Meillassoux philosophically states, and the relative but objectively irreducible contingency that characterizes the latent spaces of neural networks. This distinction is not merely terminological. It involves two different regimes of reality, where one never cancels out the other, but where their articulation poses the most pressing problems of our time.
Meillassoux establishes, against the entire metaphysical and critical tradition, that the only thing absolutely necessary is contingency itself. He names factual that which possesses no sufficient reason. A being is factual when there is no principle, no essence, no prior causality that could have determined it. The factuality of our universe means that the laws governing it could just as well have been radically different. They could have never been. Or they could have been entirely otherwise, governing a cosmos where things perpetually transform into their opposites, where no identity remains stable. Let us call facticity the totality of what currently exists as a given fact: the laws of nature as they manifest themselves, the phenomena we observe, this relative stability that allows human consciousness to emerge and recognize a world order. Facticity is the brute character of the real as it presents itself. It has no foundation. It is simply there, inexplicably, without ultimate justification.
However, factuality in the Meillassouxian sense must not be confused with facticity. Factuality (or the factual to clearly distinguish it) is precisely what states the ontological impossibility of redoubling facticity with a supplementary fact. If contingency is absolute, meaning that every being is devoid of sufficient reason, then it would be absurd to ask “but why is contingency itself contingent?” The answer loops infinitely. Factuality (the factual) is what breaks this regression: it is the affirmation that it is absolutely necessary that every being be contingent, but this necessity itself is not a being that would be added to the list of contingent facts. It is the non-being being of universal contingency. It is ontology itself.
Meillassoux states this distinction as a transformation of the Heideggerian ontological difference. In Heidegger, being was differentiated from beings by an excess of alterity: being was that which, without ever being exhausted in beings, veiled itself by unveiling through them. In Meillassoux, the difference becomes radically other. Ontology no longer names the hidden essence; it names the absolute absence of essence for every being. It states that only the universal contingency of facticity is necessary, but that it is itself nothing that is a being.
Yet we now live in an era where this absolute and speculative contingency is beginning to have a concrete technical manifestation. Generative neural networks, these machine learning systems that produce images, texts, visual worlds, constitute a partial realization of what Meillassoux states philosophically. But it is important to understand precisely how. Let us begin with the sense of reality.
Since the emergence of the photographic process, our conviction of what is real has not been determined only by the Kantian a priori categories of time and space. It has also been determined, and increasingly so, by technological inscription devices that lie halfway between internal imagination and terrestrial materiality. These devices are not our tools; they constitute what constitutes us. They are not external to us; they are the very condition of our ability to imagine and perceive.
Statistical induction, the proper name for what is generally called “artificial intelligence,” does not automate ideation in the sense that it would reproduce an internal intention. Rather, it automates the relational mimicry that operates at the boundary of noise and resemblance. By creating a latent statistical space, it defines the probabilistic proximities between each element of a data set. A neural network trained on millions of images of faces does not generate a face by applying the idea of “bird” or “face.” It produces a configuration of pixels whose probability, within the latent space, corresponds to what our human schematism recognizes as a face. The process resembles pareidolia, that projection of recognizable shapes onto perceptual noise. But here, the noise has been statistically organized to maximize the probability that something intelligible emerges from it.
What is important: the images generated by these systems are never the simple, identical repetition of what has already been. They do not only reinforce the biases of the training data. They stand on the border between the known and the unknown, producing a strange familiarity mixed with absurdity, dreamlike landscapes, surreal forms, configurations that remind us of the real without reproducing it.
Let us call counterfactual what emerges from this exploration of the latent space: that which never existed, that which might never exist, but which becomes factually present at the moment of its generation. An image generated by a GAN is an actualized possible world, a facticity that is not inscribed in any prior causal chain, that is not the image of any pre-existing reality even if it resembles so many other images. It is possible production made factual.
But beware: this counterfactual factuality is not the absolute and speculative factuality of Meillassoux. It does not proceed from the total absence of reason. It proceeds from a partial, structured reason, relative to the training corpus and the architecture of the network. A GAN trained on faces will only explore certain regions of the space of possible images. There is a facticity inscribed in the latent space itself, a limitation that is neither purely necessary nor purely contingent, but which results from historical and technical choices.
Therefore, let us distinguish clearly: Meillassoux’s contingency is absolute and speculative. It states that there is no reason, not even hidden, not even in-itself, that could have determined the laws to be as they are. It is an ontological affirmation about the very structure of the real, independent of our knowledge or interpretation. Whether we know it or not, whether we interpret it this way or another, the laws could have been radically different at any moment.
The contingency of the latent space, in contrast, is relative to the human interpretation that discovers and actualizes it. The latent space exists as an objective mathematical structure; it is not created a priori by our interpretations but only from our recordings (Stiegler’s ternary retention: texts, images, sounds, etc.). But what emerges from it as reality, as a recognizable image, as an intelligible form, depends on this encounter between the mathematical structure and the human interpretation that traverses it.
Now, it is crucial to understand that this dependence never reverts to Kantian correlationism. Correlationism claimed that there is no access to the real in-itself, that all we can know is the correlate of our transcendental subject. Consciousness constitutes the world as an object of possible experience. This is precisely what Meillassoux powerfully refutes.
The human interpretation of the latent space is not a transcendental constitution. The latent space does not exist because we interpret it. It exists objectively, independently of us, as a statistical structure inscribed in the materiality of the neural network. What we interpret is how we encounter this structure, how we traverse it, which counterfactual worlds we choose to extract from it. This encounter is contingent; there is no necessity for us to question the latent space in one way or another. We could have made other choices. An artist using a GAN could have explored other regions of the space. A researcher could have trained the network on other data.
But this contingency is never absolute in the Meillassouxian sense. It is a contingency relative to a situation, a situation that includes the training corpus, the network parameters, human intentions, and the technical possibilities materialized in the silicon.
However, the latent space always exceeds what has been actualized from it. It is a non-totalizable universe of possibilities. No finite set of images exhausts it. There is a Cantorian infinity at play, an infinity that implies the absence of the Whole, that refuses closure. This means that we can never exhaust the counterfactual possibles. There always remains an unexploited reserve, a virtuality that no generation process has ever actualized.
It is in this sense that the relative contingency of the latent space remains objectively irreducible. It is not reducible to variation or algorithmic chance. Chance in computer science always operates within deterministic laws that have been modeled by a human agent; when an algorithm uses a random number generator, that chance never leaves the framework of the mathematical laws that structure it. Pseudo-randomness is entirely necessary once the parameters are set.
The latent space, however, does not function as chance in this sense. It constitutes instead a domain of virtuality where the realization of certain possibles rather than others is never explained by the laws of the system. Generating this image rather than that one does not stem from any prior deterministic causality. It depends on interpreting human choices, on random initializations of the starting point, on contingent explorations. One can never say, “the mathematical law of the network necessarily determined this specific image rather than another.” Thus, the contingency of the latent space is more than chance. It is an objectively mediated contingency, contingent relative to human interpretation, but objectively inscribed in the very structure of the network, in the materiality of the computation, in the non-totalizable infinity of the space of possibles.
Now, what allows this relative contingency to converge toward something recognizable? Why does the latent space produce images rather than pure chaotic noise?
This is where the crucial distinction between Meillassoux’s absolute factuality and the latent space’s relative factuality comes in. For Meillassoux, the stability of the laws of nature remains a pure aporia. There is no explanation for why the universe is not perpetual chaos. It is a brute fact, a reasonless facticity. Absolute contingency means that the laws could have collapsed at any moment, and nothing would have prevented it. The super-chaos he describes, where billiard balls melt, where laws transform into their opposites, is not logically impossible. It is simply a radically other world from which no sufficient reason could protect us.
With the latent space, it is different. The GAN’s convergence toward coherent images is not inexplicable. It results from the antagonistic optimization between the generator and the discriminator. It proceeds from mathematical structures encoded in the network. It depends on the training corpus which conveyed the statistical correlations between pixels. But, and this is the crucial point, this explanation never cancels the contingency. It only changes its regime. The latent space’s contingency is not absolute; it is conditioned by these mathematical structures. But it is never reduced to necessity. One cannot affirm that “images must emerge” or that “certain forms rather than others are necessary.”
There is an intermediate ontological zone here that neither causalist determinism nor pure metaphysical speculation fully grasps. It is a structured contingency—contingent, yes, but according to partial, relative, conditioned rules. A contingency without the absolute, but also without reduction to mechanics.
This becomes clearer when we consider how imagination has become alienated in these technical devices. Imagination has never inhabited “in us” autonomously. It has always already been externalized, first in writing which fixes speech, then in photography which freezes the image, then in cinema which creates a machinic temporality. At each step, our way of imagining has been restructured around the technical device.
With generative networks, imagination is no longer simply externalized; it is co-engendered by machines. Images emerge that no one has ever imagined as internal mental content. This generation is neither purely human passivity nor machinic autonomy. It is a co-generation, a mutual transformation where the human learns to imagine through the possibilities the network makes accessible, while the network’s architecture is inflected by human choices of what is worth exploring.
This co-constitutive relationship between human and machine cannot be conceived under the classic concept of subject and object, autonomy and heteronomy. It is not the human subject constituting a world of machinic objects. Nor is it the autonomous machine producing without human intervention. It is a contingent constitutive relationship, where each term shapes the other, where responsibilities intertwine, where the origin is lost in the relationality itself.
From this point, we can specify what we mean by the different forms of counterfactuality.
First, completion: the use of the network to enrich, repair, or restore archives. The counterfactual here consists of this temporal redoubling, this multiplication of possibilities that could be attributed to the initial film.
Next, the alternative: the generation of images that resemble without reproducing, that recall without copying. A network trained on shoe prints generates new, non-existent but credible prints. Here the recursion of the possible produces a strange situation: evidence of crimes that never happened has been created, counterfactual facts that trouble the capacity for identification. This multiplication of possibles retroactively affects the regime of truth that generated them.
Metamorphosis occurs when the network mixes categories, engenders chimeras, Deep Dream-like hallucinations, produces living forms that never existed but remain probable. This is a decategorization in the Kantian sense, an involution of form into formation rather than a transformation of an already constituted form. The possible here exceeds the limits of the schemata that our ordinary perception applies to the real. Hybridizations emerge that blend the mineral and the living, the landscape and the body, history and fiction.
And finally, afactuality, a crucial term. This is not the negation of factuality. It is an indifference to the distinction between what is and what is not, a suspension that troubles the difference. Afactuality does not mean that the generated images are unreal or mental. Rather, it means that we no longer have the conceptual tools to clearly decide whether they belong to reality or the imaginary, to factuality or virtuality. They are situated in an interstice where this distinction blurs.
Now, all this occurs in the context of an anthropo-technological relationship that is never given in advance but is always contingent. There is no necessity for humans and machines to interpenetrate in this way. No essence of technology presides over it. Rather, it is a relative contingency, conditioned by historical, technical, economic, and political choices, but never necessarily determined by them.
Therefore, can we speak of a counter-realism? Not in the sense of a negation of reality—that would be a return to the classic lie. Rather, in the sense of a differential position of reality to itself. Counter-realism brings reality into contact with itself, forces a mirroring. And from this redundancy emerge alternative possibles, divergent variations.
The sense of reality produced by counterfactual images is not false. It is differently real. These images possess a materiality: they exist as pixels, as files, as computer artifacts that can be reproduced, shared, commented on. They produce effects in the world, they circulate, they influence perceptions, they participate in public debates. In this sense, they are no less factual than any photograph. But they do not conform to the regime of ordinary facticity founded, since the industrial revolution, on photographic indexicality. They are not inscribed in a prior causal chain. They do not exemplify a prior concept.
This is what can be called disrealism, a term that designates neither fiction in the classical sense nor photorealism, but rather an aesthetic mode situated on the border between the known and the unknown, between what has been and what has never existed. Disrealism produces a strange familiarity; the images remind us of realities we have experienced, but they distort them, mix them, compose them according to logics that follow no natural causality: it is mimesis itself that is automated by GANs (this raises the question of transcendental imagination in Kant, a knot I should study soon).
Now, what happens when we ask the question of truth in this context? It is false to say that generated images are false. It is also misleading to claim that they are true in the sense of an adequacy to a prior reality. They are rather true in the sense of a factuality that never existed before its generation. They are possible realities that have actualized themselves: a realism of simulacra.
This poses major ethical problems. If the distinction between the real and the simulacrum blurs, how can we maintain responsibility for the images we generate? The answer can only be this: we cannot return to a photorealistic naivety where an image would serve as direct testimony of the real. That era is over; it was already over with photography itself, which was always accompanied by debates about its authenticity. What we must learn, instead, is to consciously navigate disrealism. Not by denying the generated images, nor by accepting them naively as testimonia fidelia of the real, but by actively producing counterfactual worlds while remaining aware that this production alters the very regime of truth in which we move. Disrealistic images do not deny reality; they multiply it, complexify it, situate it at the crossroads of the actual and the virtual.
And this multiplication of possible realities is never without consequence. What could be called hyperstition, following the CCRU, intervenes: fictions possess a retroactive causal power. Generated images circulate, influence behaviors, shape perceptions. And these behaviors retroact on the world, modify future data, feed new training corpora. It is a closed cycle where the distinction between production and reproduction becomes undecidable.
Therefore, the contingency of the latent space is not isolated from the absolute contingency that Meillassoux states. There are not two separate contingencies. Rather, there are two regimes of contingency that interpenetrate. Meillassoux’s absolute contingency remains the inaccessible horizon, the reminder that the laws themselves could have been radically otherwise, that nothing guarantees the ontological stability of the real. The latent space’s relative contingency remains the present actuality, the ** technical manifestation of a virtuality that is realized without necessity, but according to partial rules**.
These two levels never cancel each other out. The relative contingency of the latent space never brings thought back to Kantian correlationism, because it relies on a mathematical objectivity that transcends the human subject. But this objectivity is never the totality, never the closure. It remains traversed by the possibility that everything could be otherwise, that the regimes of truth reorganize themselves, that new counterfactual worlds actualize themselves.
It is only in this articulation—Meillassoux’s absolute and speculative contingency meeting the relative and mediated contingency of contemporary technical latent spaces—that we can adequately think about what happens when imagination becomes alienated in machines and the possible begins to materialize factually.
The era we inhabit is therefore not the era of post-realism or the end of truth. It is the era where realism deepens its understanding of itself, where truth reveals that it has never been simple presence but always mediation, where the possible becomes as realistic as the real, not in the sense of a relativity where everything is equal, but in the sense that the very structure of the real is an infinite exposition of the possible, a radical contingency whose essence current technologies only partially materialize. It is moreover materially logical that technologies, as formed and reformed matter, carry this realization of the possible.
It is by inhabiting this partial materialization, by recognizing both the power of latent spaces and their limits, by accepting that our contingency is now technically co-constituted without being reduced by it, that we can learn to think of the counterfactual image not as a lie but as a new modality of what is genuinely possible within the real itself.