À travers la fenêtre

La psychanalyse fait ses premiers pas à travers les paysages d’un monde bouleversé par une invention technologique majeure, le chemin de fer qui, avant d’être un événement historique, est un véritable traumatisme affectant les catégories de l’espace et du temps.

Nouveau moyen de transport, le train se prête à tous les transports et Freud, grand voyageur souffrant d’une phobie du train dès 1890 (et il faudrait remarquer combien le train est lié à la peur du XXème siècle, entre la mythologie de la première projection des frères Lumière le 6 janvier 1896 et les images de la déportation – la sidérodromophobie évolue au cours du temps), utilise à plusieures reprise la métaphore ferroviaire pour parler du temps de la cure. Mais, c’est en 1913 que la métaphore ferroviaire, utilisée pour énoncer la règle fondamentale, déploie toute sa puissance d’évocation pour exposer le dispositif analytique.

Avec le défilé du paysage, où chaque plan découpé par la fenêtre en chasse un autre, la métaphore ferroviaire articule le temps, l’espace et la mémoire. Le paysage vu du train se donne et se retire, comme l’inscription sur le « bloc magique », selon le travail rythmique des investissement dans le système perception conscience que Freud considère « à la base de l’apparition de la représentation du temps ». Le dispositif analytique, avec la règle fondamentale de la libre association selon le modèle du paysage découpé par la fenêtre d’un compartiment de chemin de fer, convoque d’emblée la dynamique du transfert et de la résistance comme le chemin détourné nécessaire à la levée du refoulement. la scène primitive de la psychanalyse se découpe dans l’encadrement de la fenêtre d’un compartiment de chemin de fer qui apparaît comme un point de fuite de ce qui se dévoile à l’intérieur du compartiment

Ne faut-il pas dès lors étendre encore la problématique ferroviaire et lier ce dispositif technologique à l’utilisation de plus en plus fréquente au cours du siècle dernier du concept de flux pour décrire les phénomènes de la conscience (Bergson, Husserl)? Un flux ne s’arrêtant jamais comme un train sans gare, un flux comme la lueur diffusée par le projecteur cinématographique. Un flux comme esthétique énergétique est toujours lié à un réseau commme dispositif technique. Remarquons aussi que l’expérience du voyage ferroviaire a été utilisé comme métaphore scientifique pour la théorie de la relativité et la physique quantique. S’il y a une pensée de la marche de Kant à Kafka en passant par Baudelaire, il y a sans doute une pensée du train de Freud à Heidegger et au-delà.