Les images d’images (de surcroît) / The images of images (moreover)

De la reproduction mécanique des images circulant tout autour de la Terre, à leur accumulation en réseau nous expropriant de nos mémoires, voici le temps de la récursivité des images (l’imagination artificielle), et on aurait bien tort de croire que celle-ci répète à l’identique le déjà connu. Récursivité et contingence sont liées parce que la différenciation suppose une ressemblance dans laquelle on a injecté du bruit.

Les réseaux de neurones produisent des images à partir d’un important stock d’images qui est traité statistiquement afin de produire un espace latent de possibilités. Quand tout type d’images passées sont calculées alors, statistiquement, toutes les images futures y sont présentes et c’est pourquoi elles sont réalistes. Le réalisme c’est la différence reconnue, l’inclinaison du réel.

Les images d’images produisent un nouveau réalisme et une nouvelle culture qui permet de dépasser les problématiques de la postproduction et le pop-art (dans lesquelles nous étions enfermés) car il est possible, à partir de « tout » le passé de générer du futur en tant que celui-ci ressemble au passé, mais ne s’y réduit pas. Tout se passe comme si le futur était la déclinaison, au double sens du terme, du passé, sa plus petite pente possible à la manière lucrécienne.

On peine encore à penser et à peser l’importance de cette transformation qui constitue un tournant historique, au sens de la poursuite de potentialités passées et de leur intensification jusqu’au point où elle révèle ce que le passé n’avait pas délivré. Il y a une logique à créer les tuyaux de distribution visuelle, à accumuler les images et traces existentielles pour recouvrir le monde puis à en générer de surcroît. C’est ce surcroît, qui est aussi un reste, qui est intéressant.

Comprendre comment la récursivité des images d’images peut produire ce qui vient et participe à l’imagination (artificielle) reste une tâche à construire.

From the mechanical reproduction of images circulating all around the Earth, to their accumulation in a network expropriating us from our memories, here is the time of the recursivity of images (the artificial imagination), and we would be wrong to believe that this one repeats identically the already known. Recursivity and contingency are linked because differentiation supposes a resemblance into which we have injected noise.

Neural networks produce images from a large stock of images that is statistically processed to produce a latent space of possibilities. When all types of past images are computed then, statistically, all future images are present and that is why they are realistic. Realism is the recognized difference, the inclination of the real.

The images of images produce a new realism and a new culture that allows us to go beyond the problems of post-production and pop-art (in which we were locked) because it is possible, from « all » the past, to generate the future insofar as it resembles the past, but does not reduce to it. Everything happens as if the future were the declension, in the double sense of the term, of the past, its smallest possible slope in the Lucrecian way.

We still struggle to think and to weigh the importance of this transformation which constitutes a historical turning point, in the sense of the continuation of past potentialities and their intensification until the point where it reveals what the past had not delivered. There is a logic in creating the visual distribution pipes, in accumulating the images and existential traces to cover the world and then to generate more of them. It is this overflow, which is also a remainder, which is interesting.

To understand how the recursivity of the images of images can produce what comes and participates to the (artificial) imagination remains a task to be built.