Les logiciels du flux

Il est remarquable de voir combien le flux trouve dans l’informatique un domaine nouveau d’expression. On le simule, on le visualise, on le quantifie. Le flux informatisé pose toute la complexité et l’ambivalence de l’ordinateur qui est pris entre trois mondes, la modélisation référentielle, la simulation imaginaire et le fonctionnement même du logiciel. Y reproduit-on un modèle réaliste basé sur l’observation prétendument objective ou y invente-t-on un monde analysé d’avance par des grilles de lecture qui préexiste même à l’observation? Des logiciels « à boîtes » comme Pure Data permettent de « programmer » par la représentation d’un flux de données. Les flux traversent les fils du réseau, passent d’un ordinateur à un autre, sont encodés puis décodés à une vitesse que nul observateur n’est à même de suivre. Nous sommes dans les flux mais nous ne les voyons pas, nous n’apercevons que ses conséquences traduites sous forme d’images, de sons et de relations sociales. De nombreux logiciels permettent de modéliser des flux de toutes sortes, d’autres servent à les visualisations, c’est-à-dire à réaliser une capture, une coupe, un décodage qui suspend la continuité.

Les domaines d’application sont bien évidemment des symptômes qu’il faut décrypter dans la mesure ou ils sont représentatifs de notre manière de concevoir les flux aujourd’hui. Avec eux on passe de phénomène physique (climat, fluide) à d’autres urbains (foule, ville) et organiques (voix) ou médiatiques (vidéo, données). Les flux relèvent d’un modèle originaire et ontologique de la physis, d’un environnement artificiel, d’une compréhension du corps comme circulation (le flot des paroles, du sang), d’une autoréférence médiatique. Ces logiciels signent le retour des flux dans le domaine de la connaissance scientifique après plusieurs siècles de refoulement dans le champ technique et dans le savoir de l’ingénieur. La modélisation des flux et du climat a été l’un des premiers domaines sur lequel les ordinateurs se sont penchés. Le flux devient un paradigme parce qu’il n’est pas un étant particulier mais tout ce qui peut être considéré dans son devenir. Alors que les flux semblaient un élément incontrôlable (excès et déficit), ils sont à présent un objet modélisable par excellence et peuvent être intériorisés dans la boîte noire de l’ordinateur.

Nous pouvons délimiter plusieurs domaines de logiciels traitant les flux. Cette liste n’a pas pour objectif d’être exhaustive mais de fournir quelques exemples:

FLUIDE

http://www.realflow.com
http://www.flow3d.com
http://www.flowworks.com

FOULE

http://www.massivesoftware.com
http://www.crowdit.worldofpolygons.com
http://en.wikipedia.org/wiki/Crowd_simulation

ÉNERGIE

AutoCAD electrical

VOIX
http://www.nuance.com

TRANSPORT

http://www.simwalk.com

VILLE

http://www.procedural.com

COMMUNICATION
http://en.wikipedia.org/wiki/Software_flow_control

DONNÉES

http://r-s-g.org/carnivore

AUDIOVISUEL

http://www.adobe.com/products/premiere/onlocation/