My last tape

Installation sonore,
Commodore 64, bande magnétique
Dimensions variables
Collection de l’artiste
http://chatonsky.net/works/mylasttape

Cette installation met en résonance deux formes d’obsolescence : celle d’un homme, et celle d’une machine. Le texte de La Dernière Bande (Samuel Beckett, 1958) y est confié à un lecteur de cassettes du Commodore 64 — ordinateur domestique emblématique des années 1980, aujourd’hui relique muette d’un âge révolu.

Le choix du support n’est pas anodin. Dans la pièce de Beckett, Krapp passe ses anniversaires à s’enregistrer, puis à se réécouter. À soixante-neuf ans, il fait face à la bande d’un homme de trente ans son cadet — lui-même, devenu étranger. La mémoire y est matière : magnétique, fragile, datable.

En transposant ce texte sur une cassette informatique des années 80, l’œuvre superpose trois temps : 1958, les années 1980, et aujourd’hui. Trois moments où quelque chose a été capturé, conservé, puis menacé d’effacement. La machine lit encore — pour combien de temps ? — ce que Krapp disait déjà : les supports vieillissent, les voix restent, et nous finissons par ne plus nous reconnaître dans ce que nous avons laissé derrière nous. N’est-ce pas ce que nous sommes en train de faire en déposant nos souvenirs sur Internet?


This installation brings two forms of obsolescence into dialogue: that of a man, and that of a machine. The text of Krapp’s Last Tape (Samuel Beckett, 1958) is entrusted to a Commodore 64 cassette reader — a emblematic home computer of the 1980s, now a silent relic of a bygone era.

The choice of medium is not incidental. In Beckett’s play, Krapp spends his birthdays recording himself, then listening back. At sixty-nine, he confronts the tape of a man thirty years his junior — himself, now a stranger. Memory here is material: magnetic, fragile, datable.

By transposing this text onto an early 1980s computer cassette, the work layers three distinct moments in time: 1958, the 1980s, and today. Three moments in which something was captured, preserved, then threatened with erasure. The machine still reads — for how long? — what Krapp was already saying: media age, voices persist, and we end up no longer recognizing ourselves in what we have left behind.