L’imagination (de l’) artificielle

L’imagination (de l’) artificielle.

À paraître dans « Cerveaux, créations, infinis », PUR

Autant l’annoncer tout de suite, le présent texte est programmatique. Il ne s’agira pas ici de livrer les résultats d’une recherche-création déjà aboutie, à supposer qu’une telle chose puisse même exister, mais de partager les prolégomènes d’une étude à venir dont l’objectif sera de proposer une définition du concept d’imagination artificielle (ImA) et d’explorer les formes esthétiques de celles-ci. Mon ambition est donc limitée : problématiser l’ImA, lancer des pistes, ouvrir un champ, témoigner d’une impulsion. Les lacunes seront donc nombreuses, non seulement au regard du caractère préparatoire de ce texte, mais aussi par l’étendue et la nouveauté du champ de l’ImA.

Le contexte de l’ImA est déterminé par le récit contemporain de la Silicon Valley. Nous savons, de Stiegler à Rifkin, que l’économie des médias de masse consistait au siècle dernier en une capture de l’attention. C’est le fameux « temps de cerveau disponible ». Cette capture modifie en profondeur la perception et les processus cognitifs parce qu’elle ne vient pas seulement après coup, une fois que le flux de conscience est constitué, elle en structure la durée en lui proposant des objets. Depuis 2015, le GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) développe l’imaginaire d’une intelligence artificielle (IA) ambivalente, tout à la fois promesse et danger selon une logique du pharmakon. Si l’usage des réseaux récursifs de neurones artificiels (RNN) n’est pas nouveau, il est entré dans une phase de popularisation qui dépasse largement le cadre d’un usage instrumental pour affecter l’imaginaire populaire et sa capacité de projection dans le futur. C’est pourquoi l’IA est à mi-chemin entre le récit de science-fiction et le projet technologique, économique et politique à court terme.