De la généralisation en art

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Ils souhaitaient des idées, des méthodes à appliquer, des choses à proposer. Ils passaient de leurs pratiques à celles des autres, désirant sans doute prolonger leur désir au-delà d’eux-mêmes : « Voilà comment il faut faire » disaient-ils, imaginant sans doute une oeuvre qui engloberait toutes les oeuvres comme manière de faire, comme manière de procéder. Chaque artiste pouvait être tenté par une telle entreprise de généralisation. Certains s’y engageaient avec naïveté, oubliant sans doute ce qu’il y avait de singulier dans une telle démarche, la volonté de puissance que cachait finalement cette apparente générosité.

Ils pouvaient investir la méthodologie, en expliquant par exemple qu’il fallait s’inspirer de la gestion de projet chez les ingénieurs. Nul ne contestait cette possibilité, mais le fait de vouloir l’appliquer à un autre corps, à un autre désir que le sien avec quelque chose de risible et d’autoritaire. Sans doute aurait-il fallu en rire, si tout ceci ne s’institutionnalisait pas rapidement.

Ils pouvaient également croire que le logiciel libre était la solution, tant économique, politique que social. Le discours se faisait alors massif. Nul ne contestait, là encore, les intérêts de tels logiciels, mais le fait d’en appliquer la logique à tous projets, faisait changer de statut le « libre ». Ceci devenait ridicule : la discussion devenait technique, on laissait de côté les enjeux proprement artistiques, pour faire du « libre » une condition de possibilité et un préalable. Les projets avec du « libre » étaient souvent teintés de quelque chose de politiquement correct et manquant d’ambiguité. On oubliait aussi que le « libre » revenait à écarter la possibilité d’usages pop, fondés sur les pratiques courantes, par exemple en se basant sur des logiciels comme Powerpoint, Word, que sais-je encore. Utiliser le « libre » c’était se positionner d’une certaine façon dans la société dans le mesure où les logiciels en tant qu’outils sont des manières de faire. Ce positionnement est un choix, il y a d’autres choix et d’autres relations même au positionnement d’une pratique artistique s’insérant dans des usages sociaux. Je me souviens de l’attitude de mépris lorsqu’avec Incident.net nous utilisions du flash, non par quelque positionnement stratégique ou politique, mais parce que nous voulions agencer des sons et des images, des vidéos et des signes, et qu’à cette époque seul ce logiciel le permettait.

D’un point de vue logique, il était facile de déconstruire de telles approches, pour préférer un langage du singulier, même si pour défendre ces singularités il fallait lutter parfois contre la pensée et contre le langage même parce qu’ils étaient instantanément porteurs de généralisation. Mais le problème était tout différent d’un point de vue social et institutionnel, dans le mesure où ces discours défendant une généralité constituaient une réponse à certaines angoisses : et si tout était différent ? Et si cette différence disloquait le langage comme outil de contrôle ?

En trouvant des généralités (méthode, gestion de projet, etc.), ils tiraient contre leur propre camp.