Des totalités provisoires

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L’oeuvre d’art mobilise des processus élémentaires, hallucinatoires, inconscients. Le moi se dissout dans une expérience qui renforce les tensions et les contrastes. C’est un combat. Le tableau perd son unité, sa totalité. Il n’est plus qu’un fragment des processus vivants. Le sujet n’est plus confronté à un objet esthétique, mais à une expérience qui implique sa propre mort. Plus l’effet produit par l’oeuvre est fort, plus cette oeuvre est détruite par cet effet même. On tend à se défendre contre cela par l’esthétisme ou la perfection technique, mais on n’y parvient qu’au prix d’une réduction de la complexité psychique, ou de processus rituels qui nous mettent à l’abri de toute modification.

Faire de l’oeuvre une forme, un organisme stable et clos, c’est refuser la vie, dessécher l’oeuvre d’art.

Carl Einstein – « Georges Braque », Ed : La Part de l’Oeil, 2003, p63-64