Décomposition mentale et infinitude spatiale

La décision fut donc prise un jour de février 2020, comme à la suite d’une lente maturation involontaire, de ne jamais faire qu’un seul espace. Chaque nouvelle œuvre s’insèrerait dedans ou gagnerait son autonomie temporaire selon les contextes. Cette insertion serait un emboitement en prenant comme mesure régulière 1x1x1m. Le monde serait découpé selon ces dimensions et les objets, dispositifs, images, données (disque dur, clé USB, support de mémoire x ou y) pourraient s’emboiter dedans, trouver leur place, être stockés.

Cela a commencé avec « Terre seconde » et la structure montée en aluminium qui, pour des raisons de rationalité de production, fut divisée en une longueur de 100 cm, division qui pouvait ensuite être additionnée pour donner d’autres dimensions grâce à des connecteurs. Cette unité de base permettrait, dans les limites de son minima, de produire toutes les formes.

Plutôt que d’une tentative de totalisation de l’espace fondée sur une division unitaire, il s’agissait déjà, à la suite des Incomplete Open Cubes (1974) de Sol LeWitt, de produire un espace incomplet, toujours en devenir et qui s’excèderait. La possibilité de l’espace à venir venant déborder et structurer l’appréhension de l’espace existant faisant voler en éclat la schématisation d’un espace à priori, le ramenant à sa pure possibilité, c’est-à-dire à son diagramme.

Cette division ouverte fit écho, à postériori, à un projet qui était déjà en cours depuis 2014,  « L’augmentation des choses » et qui consistait à inverser la relation entre matérialité et numérique dans le cadre de la réalité augmentée en produisant des objets matériels accueillant, et donc manquant, de l’augmentation numérique. Il devenait par là même possible d’excéder l’espace construit par la fissure entre des régimes de matérialités, l’espace numérique venant compléter et variabiliser l’espace d’origine. « Internes » fut découpé en 1x1x1m. « Externes » pourra s’insérer dans le dispositif grâce aux connecteurs matériels.

Cette logique pouvait donc s’appliquer à tout ce que j’avais déjà fait et à tout ce que je pourrais faire.