Corpus

Instead of a hier­archy, I prefer to look at them in terms of a network, in which each work is simply a node within a system. Each node points towards another node, so that a sculp­ture will point towards a perfor­mance and helps in commu­ni­cating the latter’s inten­tions, and vice versa. Each compo­nent of that matrix can somehow be repre­sen­ta­tive.

Cette conception réticulaire de l’œuvre, où chaque élément devient un point de passage vers d’autres points, n’est-elle pas la manifestation d’une pensée qui refuse la clôture et l’achèvement ? Car ce qui s’esquisse dans cette approche, c’est une pratique artistique qui échappe à la logique monumentale de l’œuvre isolée pour s’inscrire dans un mouvement perpétuel de renvois et d’échos. Chaque création devient ainsi non pas un terme, une finalité en soi, mais un moment transitoire dans une constellation toujours en devenir.

Sans doute faut-il considérer mon travail comme des corpus (Jean-Luc Nancy) plutôt que comme des oeuvres séparées. C’est en faisant des expositions que je me suis rendu compte que mon mode de production menait à des corpus, c’est-à-dire à des points singuliers organisés selon des lignes multiples et croisées. C’est en agençant ces lignes qu’il devient possible de structurer une exposition. Le cinéma à Bruxelles ou la dislocation à Taipei.

Cette notion de corpus, empruntée à Nancy, permet de penser l’œuvre non plus comme substance isolée mais comme tissu de relations, comme corps multiple traversé par des intensités variables. Le corpus se déploie selon une temporalité ouverte qui ne connaît ni commencement absolu ni achèvement définitif, mais seulement des phases, des moments d’actualisation où certaines virtualités se cristallisent temporairement. La cartographie remplace alors la chronologie : il ne s’agit plus de situer chaque œuvre dans une progression linéaire, mais de comprendre comment elle s’inscrit dans un réseau de tensions et d’attractions qui dessine un espace commun.

Il serait alors absurde de faire un tour complet des oeuvres comme s’il était possible de les poser en station selon la posture de l’art classique. Ce ne sont pas des oeuvres mais des points qu’il faut déplier sur d’autres points. L’approche thématique est sous-jacente à ma recherche et sans doute relève-t-elle d’une certaine logique des flux : dans le travail quotidien je cherche rarement à faire l’oeuvre, je pose certaines traces, je les sais imparfaites, sans doute vais-je les reprendre ensuite, les déployer ailleurs et en jetant un regard rétrospectif ce qui était intuitif et guidé par l’instant, prend une profondeur temporelle qui est structurée selon des séries divergentes.

Ce qui s’affirme ici, c’est une pratique qui privilégie le processus sur le résultat, l’impermanence sur la fixité, le flux sur la station. L’œuvre n’est plus ce monument achevé qui s’offre à la contemplation dans sa perfection close, mais une trace parmi d’autres, un moment saisi dans un mouvement qui le déborde de toutes parts. Cette logique des flux substitue à l’idéal classique de complétude une esthétique de l’inachèvement assumé, où chaque élément porte en lui la mémoire de ses métamorphoses passées et la promesse de ses transformations futures.