Assurection : l’inhumain qui vient – Fresnoy (2020)

Dans le cadre du colloque « L’humain qui vient » au Fresnoy (https://www.lefresnoy.net/en/evenement/colloque-lhumain-qui-vient-visioconference)

« Parfois, insurrection, c’est résurrection. » (Victor Hugo)

« Lors de ma précédente intervention l’année dernière, j’avais évoqué le retour étrange du thème de la résurrection. En me reposant sur l’installation « Terre Seconde », sur le cosmisme russe du XIXe siècle  (en particulier Federov) et sur la question de la justice chez Quentin Meillassoux, j’avais esquissé une humanité messianique, toujours promisse, jamais achevée : le retour de ceux qui sont morts qui ne serait pas le retour des mêmes vivants. 

L’humain comme ce qui « veut » changer de forme, c’est-à-dire changer la forme même de son désir, dont l’intelligence artificielle serait, à présent la promesse tout autant que le vestige, le dernier peut-être.

J’avais comme projet d’articuler cette résurrection et l’insurrection, entendez le devenir historique de nos subjectivités fêlées. Mais le titre proposé me donne l’occasion de différer cet ambitieux projet et de m’expliquer avec le « non-humain ». Car à chaque époque ses modes. Et à n’en point douter le « non-humain » s’est généralisé, comme à une époque pas si lointaine, le rhizome s’était vidé de sa substance par mastication  dans les écoles d’art et ailleurs.

Le discours se fait prévisible : l’humain qui vient serait celui laissant une place au non-humain, ne se séparant plus des autres êtres vivants et du cosmos en général, se réconciliant avec eux. L’humain qui vient serait un humain enfin décentré prenant en compte l’extériorité, ce qui n’est pas lui, ce qui lui est irréductible. Il se mettrait alors à la hauteur de la relation de non-réciprocité avec le réel qui ne dépend pas de nous et qui est donc ce qui est délié et en ce sens absolu. Et les œuvres d’art en seraient les signes avant-coureurs restructurant nos imaginaires. 

Ma critique se fera grâce à un rapide parcours dans mes recherches artistiques depuis le milieu des années 90 où j’ai abordé
1/ l’hypermnésie du Web,
2/ la récursivité contingente des données, et
3/ ce que je nomme l’imagination artificielle.
Ces 3 moments ont été autant de façons de me laisser traverser très concrètement par et de rester fidèle à l’inhumain dont parlait Adorno, l’inhumanité de l’œuvre d’art envers les artistes. 

À chaque étape, qui sont aussi des moments de notre Histoire, je tenterais de démontrer que l’inhumain EST l’humain, que l’être, au sens de l’ontologie, est cette fracture même en nous. Mettant en cause le principe d’identité qui suppose savoir ce qu’est l’humain et qui tente aujourd’hui comme hier, par exemple dans le champ politique, d’occulter la matière anonyme dont nous sommes tissés.  L’humain qui vient, et qui est déjà là, serait la fêlure transcendantale de la matière, technique incluse, une toute autre façon de dire l’être-là, le Dasein.

(…) »