Art, technique et nature

Nature and technique have this in common that, faced with one of their production, one cannot assign artistic value to it without a hint of embarrassment and suspicion. On the one hand, nature cannot produce art because it is without intention, on the other hand, technique cannot produce art because it is not autonomous and must rely on the intention of a human artist. This difficulty in attributing this value to natural things and technical objects is one of the symptoms, and perhaps one of the most important ones, of the isolation in which the human being stands, who alone would be endowed with this singular intention that produces art. It can be argued that as long as we do not succeed in really extending the artistic field to these two areas, we will be unable to integrate the human being into a world by making it a kingdom separate from everything else. It is therefore understandable why the question of art, technology and nature is so narrowly focused on a materialistic perspective. The latter, of course, consists in conceiving everything in terms of its materiality and thus seeing everything as integrated with other things. The question of classical autonomy, in its double aspect of human freedom and theological absoluteness, must be deconstructed in order to reach an integral materialism, and this is why the field of heteronomy must be extended.

Nature et technique ont ceci de commun que, face à une de leur production, on ne peut lui affecter une valeur artistique sans une gêne et un soupçon. D’un côté, la nature ne saurait produire de l’art, car elle est sans intention, de l’autre la technique ne saurait produire de l’art, car elle n’est pas autonome et doit se reposer sur l’intention d’un artiste humain. Or cette difficulté à attribuer cette valeur aux choses naturelles et aux objets techniques est l’un des symptômes, et peut être l’un de ceux qui importent le plus, de l’isolement dans lequel se tient l’être humain qui, seul, serait doué de cette intention singulière qui produit de l’art. On peut avancer que tant qu’on ne parviendra pas à étendre réellement le champ artistique à ces deux domaines, on se placera dans l’incapacité d’intégrer l’être humain dans un monde en en faisant un royaume séparé de tout le reste. On comprend dès lors la voie étroite qui permet d’articuler la question de l’art, de la technique et de la nature dans une perspective matérialiste. Cette dernière consiste bien sûr concevoir toute chose sur le plan de sa matérialité et donc d’entrevoir chaque chose comme intégrée à d’autres choses. La question de l’autonomie classique, dans son double versant de liberté humaine et d’absolu théologique, doit être déconstruite pour atteindre un matérialisme intégral et c’est pourquoi il faut étendre le champ de l’hétéronomie.